L’édito d’Erwan Quinio · Les agriculteurs doivent être en première ligne de l’élection européenne

L’édito d’Erwan Quinio · Les agriculteurs doivent être en première ligne de l’élection européenne

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio · Les agriculteurs doivent être en première ligne de l’élection européenne

Bonjour,

 

Les agrocarburants reviennent à la Une. La FNSEA, le puissant syndicat agricole s’élève contre l’huile de palme. Le groupe Avril en importe déjà 200.000 tonnes par an. Personne ne s’en émouvait beaucoup. Sauf que le pétrolier Total veut en commander 300 000 tonnes supplémentaires. Le groupe cherche à faire sa place sur le marché des agrocarburants mais cela commence à faire beaucoup. On marche même sur la tête. En ce sens Jean Arthuis, député européen du Grand Ouest, a raison de pointer l’incohérence française et européenne de nos accords de libre échange. Il est absurde de verser des aides à des producteurs poussés à la faillite par une concurrence déloyale. L’huile de Palme vient concurrencer frontalement l’huile de Colza. Mais importée ou produite chez nous, l’équation reste la même sur le temps long.  Réserver, dédier, transformer des surfaces agricoles pour mettre de l’essence dans nos voitures demeure une impasse environnemental. C’était même l’archétype de la fausse-bonne idée.

 

La politique agricole commune est en discussion et les propositions de réformes sont sur la table ?

 

Oui. Tout nous invite à parler d’agriculture dans les prochaines semaines et prochains mois. La PAC doit être redéfinie. Un nouveau budget doit être consacré pour la période 2021-2027. Cela fait deux raisons fondamentales d’écouter les premiers intéressés : les agriculteurs. On ne les entend pas assez. La PAC va perdre sa place de premier budget de l’Union au profit de la politique régionale. Elle ne représentera plus que 30 % des dépenses européennes, contre plus de 43 % aujourd’hui. Est-ce rédhibitoire pour nos agriculteurs ? Une chose est certaine, et aussi compétent soit-il ce n’est pas à l’actuel

commissaire à l’agriculture, l’Irlandais Phil Hogan de faire la pluie et le beau temps. En 2020, celui-ci ne sera plus là. Le débat doit être porté sur la place publique. Car sous réserve de suivre 9 objectifs, le commissaire prévoit que les Etats seront désormais libres de gérer comme ils l’entendent les fonds qu’ils recevront. Disons-le en préambule

9 objectifs, cela fait beaucoup. Surtout quand certains sont fondamentalement contradictoires. Est-ce la marque que nous ne parvenons pas à dégager la moindre priorité. Cela fait trop longtemps que l’on promet aux exploitations familiales qu’ils parviendront à vivre de leur travail, mais quand la compétitivité reste le mot magique on saisit toute la schizophrénie qui nous frappe. Sur le fond maintenant, re-nationaliser la politique agricole commune, comme il le porte risque d'aggraver encore les distorsions de concurrence entre États. Voulons-nous vraiment aller sur cette pente ?

 

Quelles sont les autres dispositions phares de sa proposition ?

 

Diminution du budget oblige, on estime que pour les agriculteurs français, la baisse des aides au revenu sera de l’ordre de 3,9 %. Il n’ a pas de fumée sans feu. Sur la période 2021-2027, le budget de la PAC de 408 à 365 milliards d’euros. 43 milliards de moins qui finissent bien par peser. Mais on le sait, l’argent de la PAC allait trop souvent dans les mêmes poches, celles des très grandes exploitations. L’idée serait de plafonner le montant annuel des aides à 100.000 euros par chacune d’entre elles avec une dégressivité à partir de 60.000 euros. La confédération paysanne dit que cela reste trop timide. C’est pourtant un changement de cap. Il revient désormais d’en faire l’évaluation précise. Au niveau européen, Jean Quatremer rappelle sur son blog que pour les  exploitations géantes héritées des Sovkhozes soviétiques, cela aura de réelles répercussions en l’Allemagne, en Tchéquie, en Hongrie, en Roumanie comme en  Bulgarie. Autre mesure de justice : Phill Hogan pose enfin la question du renouvellement des générations. Il rappelle que seulement 6 % des agriculteurs européens ont moins de 35 ans. Le défi est considérable. Un des neuf objectifs promet de soutenir les agriculteurs de moins de 40 ans : chaque pays devra s’engager à aider leur installation, en consacrant 2 % de l’enveloppe reçue de Bruxelles. Enfin, le budget agricole continuera à majorer les aides directes pour ceux qui s’installent pour la première fois.  Celle-ci passera même de 75.000 à 100.000 euros. Je suis donc allé voir le site des Jeunes agriculteurs français pour lire leur réaction. Rien. Pas le moindre communiqué. C’est pourquoi je dis qu’il est urgent de leur tendre les micros. C’est cette année que tout cela se joue. Dans les 12 prochains mois. Après 2019, il sera trop tard, et il ne restera alors que les manifestations de rue et les blocages dont on sait qu’ils n’ont pas toujours les résultats escomptés.

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