L’édito d’Erwan Quinio · L’Euro n’existe pas et pourtant c’est notre force

L’édito d’Erwan Quinio · L’Euro n’existe pas et pourtant c’est notre force

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio · L’Euro n’existe pas et pourtant c’est notre force

Oui, l’Euro n’existe pas. Un billet de 10 euros ne vaut rien. C’est un bout de papier et ce papier ne vaut que la valeur que l’on veut bien lui attitrer. La valeur des billets de l’Euro ne repose que sur un seul et unique prérequis : la confiance. C’est précisément pourquoi nous sommes liés, nous français, allemands, grecs et italiens. Les 19 pays membres de l’Euro forment un tout. Et en terme monétaire, l’union fait la force. Le nombre constitue la force de frappe, la masse vaut gage de sérieux, de solidité. En terme monétaire, la puissance ne se décrète pas, elle s’additionne avant de se peser et se jauger au niveau mondial.

 

Donc la décision des italiens d’alourdir leur propre dépense publique de 100 milliards d’euros nous concerne aussi au premier chef ?

 

Effectivement. Les italiens ont voté. Ils sont souverains. Et la coalition sortir des urnes est légitime. Le Mouvement 5 étoiles et la Ligue cumulent plus de 50% des suffrages. Par la même occasion, l’accord de coalition négocié entre ces deux partis ne peut souffrir d’aucune question démocratique. Le système électoral italien fait la part belle aux coalitions. Il est sans doute trop instable mais il a au moins le mérite de représenter toutes les forces politiques que compte le pays. Cela dit, avec un programme qui sur un volet fait la part belle aux dépenses illustrée par un revenu universel pour satisfaire le Mouvement 5 Etoiles et de l’autre un ultra-libéralisme revendiqué par le Mouvement de la ligue qui prône une flat taxe à 15%, deux fois plus intéressant que le taux affiché en France après la dernière baisse décidée sous Emmanuel Macron, il va quand même falloir que les italiens trouvent les clés d’une équation complexe.

 

Est-ce à dire que la notion de souveraineté n’existe plus ? Que toute alternative au modèle économique libérale, ou ordo-libérale est un leurre ?

 

Oui et non. Disons que l’Europe permet les dettes pourvu que le pays garde quelques marges de manœuvre en cas de crise et puisse s’assurer qu’il les rembourse un jour. Tout est dans cette subtilité, dans ce cadre. Et pour le moins que l’on puisse dire, c’est que le cadre est extensible. D’ailleurs Jacques Chirac aimait à dire que Bruxelles n’enverrait pas les chars sur Paris pour quelques points de déficits supplémentaires. Il avait raison. Jamais aucun pays ne fût jamais sanctionné concrètement.

En revanche, si l’Italie insinue un doute insistant sur sa capacité à gérer son stock de dettes, alors oui, cela devient un problème européen. Pour la France, la Grèce et tous les autres, ce sont des dépenses en plus. Les taux d’intérêts sont indexés sur la confiance. Sans elle, les taux remontent. Et ce sont des frais en plus pour emprunter. Et donc à fortiori, des politiques publiques en moins et des investissements retardés ou revue à la baisse.

 

Mais les italiens pourraient-ils y voir des bénéfices à court terme ?

 

Telle est  la question centrale. Et celle qui va guider la ligne de conduite de Luigi di Maio et de Mateo Salvini. En Europe, tous se souviennent encore du tête à queue effectué par le président Grec Alexis Tsipras qui élu sur un rapport de force s’était résolu une semaine après un referendum victorieux à signer un plan de gestion particulièrement rigoureux.

A première vue, les italiens pourraient parfaitement faire sans la monnaie unique. Dans leur compte public, Ils enregistrent un excèdent primaire, c’est à dire que si on fait abstraction des remboursements de la dette, l’Italie n’a pas besoin d’aller emprunter de nouveaux sur les marchés pour assurer son train de vie quotidien. Ce n’était pas le cas de la Grèce et cela mérite d’être souligné.

Mais à contrario, se priver de l’Euro, c’est aussi jeter par dessus bord un bouclier fort utile. Les taux d’intérêts sont historiquement bas et ce n’est pas le fruit du hasard, loin de là. L’Euro est un gage de stabilité pour les entreprises italiennes et les ménages italiens. Ils restent d’ailleurs largement attachés à la monnaie unique.

Et pour une raison simple, les italiens sont gourmands en emprunt à taux variables. Ils y ont eu massivement recours pour les biens de consommation ou pour acheter leurs logements. C’est plus rentable que d’emprunter en taux fixes, mais c’est aussi bien plus risqué. Et eux savent qu’un retour à la lire leur ferait courir de grands risques et les mettraient à la merci d’une augmentation inéluctable des taux d’intérêts. Ce serait alors une catastrophe qui avant d’être européenne serait d’abord italienne. L’Euro est un bout de papier qui vaut cher. Les prochaines semaines vont donc être passionnantes. Pour les eurosceptiques, c’est un test grandeur nature qui se joue chez nos voisins pour l’avenir de notre monnaie unique.

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