L’édito d’Erwan Quinio · Mamma Mia, sur l’Italie, que les pro-européens sont maladroits

L’édito d’Erwan Quinio · Mamma Mia, sur l’Italie, que les pro-européens sont maladroits

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio · Mamma Mia, sur l’Italie, que les pro-européens sont maladroits

Mais bon sang que nous sommes bêtes. Et je reste poli. Aucune solution n’est simple en Italie. Mais choisir un ancien du FMI pour gouverner le pays après des élections qui ont vu les populistes l’emporter, c’est comme donner une côte de bœuf saignante à des vegan résumait hier Renaud Pila éditorialiste à LCI. Il a raison, en Italie, les pro-européens font une erreur magistrale. Et ils risquent fort de le payer cher. On ne joue pas avec l’orgueil d’un peuple. A ce sujet, les Günther Oettinger et autre Bruno Le Maire seraient mieux inspirés de changer rapidement de ton. Se réjouir à la télévision que « les marchés financiers apprendront aux italiens à bien voter » comme l’a fait le commissaire européen allemand n’est pas acceptable. Jouer les redresseurs de torts méprisants ne fait pas avancer la cause européenne.

 

« Chacun doit comprendre en Italie que l’avenir de l’Italie est en Europe et nulle part ailleurs » a effectivement clamé Bruno Le Maire, le ministre français en charge de l’Economie.

 

Oui, et c’est une expression bien malheureuse. L’arrogance n’est pas bonne conseillère en la matière. Qui plus est, le récent Brexit devrait plutôt inviter Bruno Le Maire comme Günther Oettinger à l’extrême prudence. L’avenir européen de l’Italie, c’est aux italiens de le décider. C’est aussi simple que cela. En démocratie, le destin d’un peuple est dans les mains de ses représentants élus. Des gardes fous, il en existe. Ils sont énumérer explicitement dans chaque constitution. Et en ce sens le président italien, Sergio Mattarella, est dans son droit lorsqu’il pose son véto sur la nomination gouvernementale. Par son geste, il indique aux italiens que ce qui se passe est grave, historique même. Nommer au poste stratégique de l’économie un europhobe assumé est un choix qui ne peut être débattu que clairement devant l’opinion publique. Ce qui n’a pas été fait limpidement lors de la dernière élection présidentielle italienne. Ils demandent donc aux italiens de bien réfléchir et de décider en conscience si oui ou non l’avenir du pays est dans l’Euro et l’Union européenne. Faisons confiance aux italiens.

 

Mais d’une manière factuelle, l’appartenance de l’Italie à l’Union européenne a t-elle été bénéfique ?

 

Dire que tout est positif ou que tout est à jeter serait un mensonge. Les difficultés de l’Italie sont connues. L’inégalité territoriale entre son Sud et les richesses du Nord du pays n’a pas été réellement traitée. Elle persiste depuis un siècle déjà. Directement exposé par sa situation géographique au défi migratoire venu de Libye où le chaos persiste pose aussi un énorme défi pour tous les pays membres ou non de l’UE. Sur ces deux sujets, l’Union européenne va néanmoins devoir réfléchir et trouver des solutions. Dans le prochain Budget, un rééquilibrage des financements européens en faveur du pays est d’ailleurs dans les tuyaux. L’Europe est consciente qu’en élargissant ses frontières à l’Est en 2004, elle a un peu sous-estimé les inégalités persistantes à l’intérieur même des pays fondateurs. Mais quitter l’Europe ne résoudra pas tous les problèmes italiens par enchantement. La corruption, la dette accumulée au fil des années, ce n’est pas l’Europe. La leçon politique du Brexit est à ce sujet éclairante. Nous avons même appris ces jours-ci que le gouvernement britannique envisageait de repousser le Brexit à 2023. Excusez le retard. 2023, c’est 7 ans après le référendum de 2016. Que l’Angleterre, berceau de l’euroscepticisme, riche de sa City financière, non-membre de la zone Schengen, et n’appartenant pas davantage à la zone Euro ait toutes les difficultés du monde à quitter l’Union européenne en dit long sur les complexités des chemins choisis en solitaire.

 

Après la nomination d’un gouvernement provisoire, une nouvelle élection semble assez prévisible. Elle se transformerait en référendum sur l'Europe et l'euro, et son résultat est plus que jamais imprévisible ?

 

La valse politique est une danse transalpine. En moyenne, les italiens changent de gouvernement tous les ans. Et cela dure depuis la Seconde Guerre mondiale. Il est donc bien hasardeux de se lancer dans les pronostiques. Mais la décision de nommer même provisoirement Carlo Corelli ancien de la maison FMI ne va pas renforcer la popularité des pro-européens italiens. Il revient au Mouvement Cinq étoiles de Luigi di Maio et à la ligue de Matteo Salvini à l’extrême droite vont devoir préciser leurs intentions économiques. Mal à l’aise et très variant sur l’Euro, les deux hommes forts de la politique italienne avaient choisi de faire l’impasse. Afin de cacher leurs divisions internes, le choix fût fait de ne parler que de politique migratoire. Avec 300 000 arrivés en 2015, 180 000 en 2017 et 250 000 en 2017, le sujet était plus porteur électoralement. Il sera intéressant de les entendre et de voir si leur alliance peut perdurer dans la lumière de ce débat.

 

L’Euro est-il une chance pour l’Italie ?

 

Certains économistes estiment que pour l’Italie, cela ne va pas de soi. En perte de productivité, la monnaie serait surévaluée par rapport aux fondamentaux du pays. Sans dévaluation possible, les italiens sont effectivement sommés de jouer avec les mêmes règles que leurs voisins européens. Mais l’Euro, c’est aussi un bouclier solide. La monnaie européenne permet au pays d’emprunter à des taux d’intérêts particulièrement attractifs. Pour les entreprises italiennes comme pour les ménages, c’est loin d’être anecdotique.

Deuxièmement, l’Italie, c’est 2302 milliards d'euros de dette. 132% de son Produit intérieur brut. Un sac à dos déjà bien rempli promis à s’alourdir encore si le pays optait pour un retour à la lire. C’est précisément pour ces raisons que la Grèce fît le choix de rester dans la zone Euro. Mais les citoyens italiens sont libres. L’Europe a inscrit l’article 50 dans ses traités. C’est un droit de sortie pour tout pays membre qui en ferait le choix démocratique et délibéré. Une centaine d'économistes allemands ont proposé que l’Europe se dote d'une procédure organisée pour qu'un pays puisse quitter l'euro rappelait hier l’économiste François Lenglet. C’est une bonne chose. Cela peut paraître assez curieux mais sauver l’Euro sur la durée passe sans doute par l’écriture d’une telle clause. L’Union européenne comme l’Euro ne sont pas et ne doivent jamais être des prisons ou des chemins sans retour possible. Soyons confiants de nos forces collectives. Certes, l’Euro a ses contraintes, celles de vivre en groupe, de penser l’intérêt général et de chasser en meute. Mais elle permet de garder l’ambition de la puissance. Tel est le choix que les italiens vont devoir trancher et le mieux à faire, c’est de leur dire que nous avons besoin d’eux.

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