L’édito d’Yves Pascouau · Prendre à Viktor pour donner à Johanna

L’édito d’Yves Pascouau · Prendre à Viktor pour donner à Johanna

Yves Pascouau, Chercheur à l'Université de Nantes - Chaire Schengen - Institut d'Etudes Européennes et Globales - Alliance Europa.

Notre éditorialiste est docteur en droit public de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Il est actuellement chercheur à l'Université de Nantes, titulaire de la Chaire Schengen. Il est aussi membre de l'Institut d'Etudes Européennes et Globales - Alliance Europa dont l'ambition est de "faire émerger un pôle de recherche interdisciplinaire de visibilité européenne en Pays de la Loire". Yves Pascouau est également chercheur associé Senior à l'Institut Jacques Delors (un think-tank européen basé à Paris). Avant de rejoindre l'université de Nantes, Yves Pascouau a exercé les fonctions de Directeur des questions migratoires au European Policy Centre (un think tank basé à Bruxelles).

A coté de ses fonctions professionnelles, Yves Pascouau a fondé en 2013 le site europeanmigrationlaw.eu, qui a pour objectif d'offrir aux professionnels et praticiens un "accès simple et rapide au droit et à la jurisprudence de l’UE".

Quelques liens :

L'édito d'Yves Pascouau · Prendre à Viktor pour donner à Johanna

L’émergence des démocraties dites illibérales dans l’Union européenne, et dont la Hongrie est la figure de proue, est un vrai sujet de préoccupations.

 

Si ce phénomène alimente la réflexion des intellectuels, à l’image de Sylvain Kahn qui a livré à ce sujet et sur cette radio des éditos aussi clairs que pertinents, la volonté de contrer la montée en puissance de ces régimes guide aussi l’action politique et ce de manière inattendue.

 

Comment ça… ?

 

Et bien tout a commencé le 17 avril à l’occasion de l’intervention du président de la République française au Parlement européen. Emmanuel Macron a porté le fer contre l’émergence de régimes autoritaires en Europe.

 

Sur les principes, il a rappelé que face à cette dérive « la réponse n’est pas la démocratie autoritaire mais l’autorité de la démocratie ». Soit. Mais c’est en pratique que les propositions du président suscitent le plus d’intérêt.

 

On sait que les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Rep. Tchèque et Slovaquie) sont très hostile à l’accueil des réfugiés. Et c’est justement sur ce terrain que s’est engagé le chef de l’Etat en proposant « de créer un programme européen qui soutienne financièrement les collectivités locales qui accueillent et intègrent les réfugiés ».

 

Passée un peu inaperçue, cette proposition est pourtant un puissant levier de contrainte, voire de sanction, contre les Etats du groupe de Visegrad.

 

C’est-à-dire ?

 

Vous savez Simon que le budget de l’UE n’est pas extensible. Pour créer un programme financier il faut donc aller chercher de l’argent dans un fonds qui existe déjà. Eh bien, l’idée est d’aller chercher dans le fonds qui soutient les régions de l’Europe de l’Est, le fonds de cohésion, les moyens de financer les collectivités locales – souvent situés à l’Ouest - qui soutiennent l’accueil et l’intégration des réfugiés.

 

Il s’agit donc de déshabiller Pierre pour habiller Paul

 

C’est ça. Et cette logique a été confirmée quelques jours plus tard par la Commission européenne dans sa proposition de budget pour les années 2021 à 2027. La Commission propose d’établir un budget « moderne pour une Union qui protège ». Et à ce titre, elle souhaite que la politique de cohésion soit réduite d’environ 5 % et en même temps que cette politique joue un rôle de plus en plus important dans le soutien apporté à l'intégration à long terme des migrants.

 

En pratique, les villes "vertueuses" et solidaires des réfugiés seraient récompensées. Or nombre d'entre elles se trouvent à l'Ouest. A l’inverse, les régions moins solidaires, situées à l'Est, verraient leur enveloppe "fonds de cohésion" diminuer. Pour récupérer cette perte, elles devraient alors développer des programmes d’accueil des réfugiés. La boucle est bouclée.

 

Si on veut utiliser une autre image, avec ce dispositif, il s’agit de prendre à Viktor (Orban) pour donner à Johanna (Rolland).

 

Pour les auditeurs rappelons que Johanna Rolland est la Maire de Nantes et la Présidente de Nantes Metropole

 

Oui Simon et la leçon à retenir de cette histoire est que dans l’UE les liens sont si étroits que ce qui se passe à la tête d’un Etat peut avoir des répercutions sur les voisins y compris au niveau local.

 

Merci Yves Pascouau pour cet édito « made in EuradioNantes », la radio du journalisme européen de proximité !

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