L’édito d’Erwan Quinio · Divisée, l’Europe sort en lambeau de la scène israélo-palestinienne

L’édito d’Erwan Quinio · Divisée, l’Europe sort en lambeau de la scène israélo-palestinienne

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio · Divisée, l’Europe sort en lambeau de la scène israélo-palestinienne

L’édito d’Erwan Quinio · Divisée, l’Europe sort en lambeau de la scène israélo-palestinienne

En politique internationale, il y a des sujets qui vous tombent dessus. En Crimée, au Mali, il fallut faire avec l’effet de surprise et les offensives éclaires et inattendues. Dans de tels cas, il faut alors réagir sous la pression, s’adapter, se réunir en urgence. Mais, a contrario, il y a d’autres sujets beaucoup plus prévisibles. De fait, la crise israélo-palestinienne fait partie de cette seconde catégorie. Grande comme la Bretagne, la région est devenue au fil des ans, un foyer de haine qui ne fait que grandir. La ville dite Sainte dans les trois grandes religions monothéistes est en guerre perpétuelle. C’est une guerre larvée, enkystée, sanglante et tragique. Les européens avaient tout le temps d’ajuster une position commune. Ils en avaient d’ailleurs la responsabilité. La Palestine, c’est aussi une histoire européenne. Celle des croisades du Christianisme, celle de  la colonisation et du mandat anglais de 1920 à 1948. Israël, c’est d’abord la conséquence directe de la Shoah, de la volonté nazie et hitlérienne d’exterminer jusqu’au dernier les croyants d’une religion sur notre continent. Israël, c’est la conséquence des 948 jours du ghetto de Varsovie, de ces derniers espoirs évanouis. 70 ans après la création d’Israël, l’Union européenne reste divisée et se retrouve donc une nouvelle fois aphone.

 

Les européens sont donc définitivement inaudibles dans cette région du monde ?

 

Oui, et il en est de leur unique responsabilité. C’est déjà dur de peser dans la région. Alors autant dire que divisés, nous ne risquons pas d’être entendus. Il y a la France qui appelle timidement à la retenue, il y a la Belgique, plus ferme, qui à travers son ministre des Affaires étrangères Didier Reynders convoque l'ambassadeur d'Israël pour exiger fissa des explications sur les violences à Gaza. Pour rappel, déjà 60 morts et il semble assez clair que beaucoup si ce n’est tous auraient pu être évités. A l’opposé, il y a enfin la Roumanie qui pense déménager son ambassade israélienne à Jérusalem, comme Trump ! et qui avec l’aide de la Hongrie et de la République Tchèque ont empêché l’Europe de rédiger le moindre communiqué de presse. Triste spectacle. L’impuissance européenne mise à nue. On le devine agacé. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne a rappelé l’intérêt de passer à un vote à majorité qualifiée sur les questions de politique étrangère. Ce ne sera pas simple mais il a raison. On le voit, l'unanimité comme aujourd'hui anesthésie la moindre volonté. Non seulement, elle donne un poids considérable aux voix discordantes mais plus encore, elle empêche la majorité d’agir. La « chef » de la diplomatie européenne Federica Mogherini et je mets des guillemets au mot « chef » a rappelé "la position claire et unie" de l'Union selon laquelle le transfert des ambassades de Tel Aviv à Jérusalem ne pourra pas advenir avant que le statut de la Ville sainte ne soit réglé dans le cadre d'un règlement final du conflit israélo-palestinien. Elle a prêché dans le sable car de position claire et unie, tous savent qu’il n’y en a pas.

 

 

Ne pas prendre position sur un tel conflit, c’est un aveu de faiblesse, c’est sortir de l’histoire ?

 

On peut le craindre. Pourtant, une voie existe. L’existence de l’Etat israélien est un acquis. Il convient ici de le réaffirmer. Mais de la même façon les palestiniens ont le droit d’exister. Ils ont le droit de vivre dans un Etat viable. Le scandale dans ce bain de sang, ce n’est pas qu’Israël déclare Jérusalem comme sa capitale, c’est que l’on dénie ce même droit aux Palestiniens. En ce sens, que restera-t-il à négocier désormais ? Que reste-t-il comme instrument de pression pour contraindre Netanyahu à revenir honnêtement à la table de négociation ? Plus grand chose. C’est en cela que la position Trumpienne, et celle d’un pays comme la Roumanie est catastrophique.

 

Est-ce surprenant de voir une telle prise de position en Roumanie ?

 

Rappelons d’abord qu’en politique étrangère, la division européenne est plus la règle que l’exception. La France par exemple est connue pour prendre des initiatives, pour partir en guerre toutes affaires cessantes puis se retourne vers ses partenaires et demande aux européens de la suivre comme un seul homme, et au passage exige leur participations aux financements de leurs opérations décidées à l’Elysée. Il n’y a donc pas énormément de bons exemples en la matière. Mais l’attitude roumaine apparaît bien comme une position d’opportunité. En Roumanie, l’homme qui gouverne sans gouverner se nomme Liviu Dragnea. C'est lui qui dirige le gouvernement dans l'ombre parce qu'il ne peut pas être lui-même Premier ministre.  Condamné à deux ans de prison avec sursis pour fraude électorale, il est soupçonné de s’être personnellement servi dans les fonds européens. Businessman, il aurait aussi des intérêts financiers à se montrer ouvertement pro-israélien. La diplomatie roumaine s’en trouve perturbée. Reste que faute d’avoir mis en œuvre des processus décisionnaire simples et cohérents, l’Europe offre au monde une image d’impuissance. Sur un tel sujet emblématique des crises géopolitiques de ce siècle, c’est irresponsable et disons-le disqualifiant.

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