L’édito d’Erwan Quinio · Sur l’Iran, L’Union européenne n’est pas sans bilan

L’édito d’Erwan Quinio · Sur l’Iran, L’Union européenne n’est pas sans bilan

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio · Sur l’Iran, L’Union européenne n’est pas sans bilan

En politique internationale, la sagesse, la neutralité, l’objectivité ne sont pas les caractéristiques dominantes. On ne parlera pas d’honnêteté, soyons sérieux. Les intérêts froids parfois cyniques des nations font que bien souvent les cartes se jouent sous la table. Loin des photos officielles, on discute chiffres, influence, business, intérêts. C’est ainsi. Les droits de l’homme, l’équilibre du monde, le droit des peuples passent toujours à la trappe. Devant un contrat, ou même une promesse de contrat, les considérations humanistes s’effacent.

C’est pourquoi l’Union européenne doit se faire entendre. Non pas quelle n’a pas d’intérêt à défendre, elle en a et doit le faire savoir mais disons qu’ils ont au moins le mérite d’être plus collectifs. L’Union européenne peut parler une langue différente dans les cénacles internationaux.

Sur la Syrie, sur le conflit Israélo-palestinien, sa voix serait précieuse. Elle le serait aussi sur l’Iran.

 

L’accord de 2015 sur le nucléaire Iranien, c’est d’ailleurs l’un des succès diplomatiques de l’Europe. Trump parle de désastre, voudrait le déchirer, menace d’assommer le pays de bombes.

 

Donald Trump, le président américain regrette que l’Iran teste des missiles. Nous verrons ce qui se passera après le 12 mai", a-t-il lâché. C’est un ultimatum. Même si le Président français a tenté de lui faire comprendre que nous aurions intérêt à sauvegarder l’accord et l’étendre au delà de 2025.

Il est vrai qu’un Iran nucléarisé dans cette région du monde véritable poudrière du XXI ème siècle serait une catastrophe. Le régime reste instable et n’a tenu que par une vague immense de répression de sa jeunesse. Qui plus est elle donnerait une impulsion finale à la course aux armements déjà bien vigoureuse.

Si Donald Trump a des inquiétudes, il a bien le droit de les exprimer. Mais les européens ont aussi le droit de questionner son objectivité. Son tropisme pro-Arabie Saoudite est connu de tous. Mohammed Ben Salman est un partenaire privilégié de l’Amérique. Pourtant, on ne peut pas dire que l’Arabie Saoudite est beaucoup aidée à la paix dans la période récente. En tous les cas, le pays n’a pas fait mieux que l’Iran.

 

En quoi l’Union européenne a pesé en 2015 sur l’accord iranien ?

 

Pour beaucoup d’européens, Federica Mogherini est une illustre inconnue. On ne la voit pas. On ne l’entend pas. L'italienne est pourtant depuis le 1er novembre 2014, la haute- représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité. Et si son bilan est discutable, son activisme a payé en 2015 sur l’Iran. L’un des meilleurs experts en la matière, Nicolas Gros-Verheyde le soulignait d’ailleurs sans nuance sur l’excellent blog Bruxelles2.eu :

« L’accord arraché à Vienne entre la communauté internationale et l’Iran au terme d’une négociation acharnée de 21 mois, le 14 juillet 2015 est un succès pour la diplomatie européenne. C’est un succès sur le fond comme sur la forme. « il y a un accord ! » avait pu annoncer au monde entier Federica Mogherini. « La philosophie européenne de la négociation avait payée avec une lenteur certaine, mais une efficacité sans doute supérieure au cycle intervention-réaction-vide sécuritaire qui a marqué l’intervention internationale dans un pays voisin, l’Irak. »

« Un dialogue qui n’était pas empreint de naïveté. L’autre élément clé de la position européenne est en effet la double approche : négociation d’un côté, sanctions de l’autre. L’Union européenne a non seulement transposé les sanctions prises au plan international par le Conseil de sécurité de l’ONU, elle a imposé – de concert avec les Américains – des sanctions autonomes. Sanctions qui se sont renforcées à partir de 2010-2012 et ont produit un effet notable sur l’économie iranienne et le pouvoir iranien. Cette double approche a payé d’une certaine manière. »

 

A qui devait-on le succès européen ? A la France, Au Royaune-Uni, à l’Allemagne ou aaux institutions européennes ?

 

A tous cher Simon. C’est en tous les cas ce que souligne fort justement Nicolas gros-Verheyde : « Ce succès diplomatique européen est un alliage communautaire – intergouvernemental résistant. Ni tout à fait intergouvernementale, ni tout à fait communautaire. Là aussi, c’est le bon alliage. Il ne peut pas y avoir de position forte au plan international sans la présence au sein d’une délégation européenne des ‘grands pays’ – car ils ont un siège permanent au Conseil de sécurité … et ont l’arme nucléaire (France, Royaume-Uni) ou car ils occupent une position clé au plan économique sur le sujet (Allemagne dans ce cas, mais ce pourrait être un autre pays dans d’autres hypothèses). Mais il ne peut y avoir de permanence, de force de la négociation, sans une équipe dédiée à cela, neutre des intérêts nationaux en jeu, en la personne du Haut représentant de l’UE et des diplomates européens. C’est cette combinaison qui a été gagnante permettant à certains pays (la France en l’occurence) de pousser le ‘bouchon’ un peu plus loin dans l’exigence vis-à-vis des Iraniens tout en restant dans le cadre commun.

 

L’Europe su peser en 2015, y paviendra-t-elle dans cette nouvelle séquence ?

 

Rien n’est moins sûr. Car l’ouvrage va devoir être repris et nul ne sait si l’Union européenne sera en capacité de rééditer l’exploit. Le patron du groupe automobile PSA a espéré mardi que l'Union européenne "se singularise" face aux Etats-Unis dans le dossier nucléaire iranien, afin de permettre aux entreprises de continuer à commercer avec ce pays. L’Union européenne doit défendre les entreprises européennes mais elle doit surtout se porter garante de l’équilibre des puissances et tout faire pour que l’on ne tombe pas davantage dans le gouffre. Neutralité ne veut pas dire impuissance. L’objectivité non plus. Quand à la sagesse, c’est rien de dire qu’il vaut mieux regarder du côté de Bruxelles que de Washington en ce moment.

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