L’édito d’Erwan Quinio · La vie secrète des animaux, un monde secret s’ouvre aux européens

L’édito d’Erwan Quinio · La vie secrète des animaux, un monde secret s’ouvre aux européens

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio · La vie secrète des animaux, un monde secret s’ouvre aux européens

C’est un thème qui à première vue peut prêter à sourire ou pousser à la moquerie. Le risque de tomber dans l’anthropomorphisme qui nierait toutes différences entre l’homme et le monde animal est effectivement bien réel mais il faut bien s’intéresser à ce qui devient un gigantesque événement de société. Je parle du bien être animal. « La vie secrète des animaux » le nouveau livre de Peter Wohlleben témoigne de cette nouvelle curiosité. Après le succès de son livre sur le monde secret des arbres, son dernier livre est déjà deux fois best seller, en France et en Allemagne. De la tique à l'abeille, en passant par le cheval ou le cochon, qui au passage réussit haut la patte le test du miroir, Peter Wohlleben nous raconte sans pareil ce monde mal connu qu’il connaît lui fort bien. Fort de ses propres observations et de l’étude approfondie de toutes les dernières études scientifiques, l'ingénieur forestier allemand réalise un ouvrage pédagogique remarquable qui se lit d’une traite. Amour, deuil, regrets, compassion, altruisme, courage, bonheur, c’est une immersion au cœur d’un monde animal secret. Comme moi, vous y apprendrez peut-être: « que les corbeaux ou les écureuils répondent à leurs noms qu’ils s’attribuent à l’aide de sons particuliers, que les animaux sont capables d’amour maternel même lorsqu’ils adoptent, qu’ils peuvent connaître des périodes de deuils (les biches avec leurs enfants). Qu’ils sont même capables d’altruisme (la mésange, par exemple, n’hésite pas à prévenir ses congénères qu’un prédateur arrive, même si elle se met en danger) [1]». Avouez que c’est quand même troublant !

 

Le sujet revient dans chaque campagne électorale, il reviendra une nouvelle fois lors de la prochaine élection européenne.

 

Soyez-en certain. Le bien être animal est porté par un nombre croissant d’associations qui forment de puissants réseaux d’influence. En France, l'association L214 fondée par deux anciens enseignants, Brigitte Gothière et Sébastien Arsac rencontre une audience toujours plus grande. L’association tire son nom de l'article L214-1 du Code rural dans lequel les animaux sont pour la première fois désignés comme « êtres sensibles » dans le droit français qui stipule ainsi que : « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce ».  Rendez-vous compte, la page facebook de l’association alimentée de vidéos chocs de nombreux cas flagrants de maltraitance animal est suivie par 700 000 personnes.

 

Le sujet est désormais sur la table des politiques un peu partout en Europe.

 

Effectivement. En mai, sous l’impulsion du ministre de l’environnement, la vidéosurveillance deviendra obligatoire dans les abattoirs de Grande-Bretagne. Les scandales à répétition mettant en scène les maltraitances dont sont victimes les animaux menés à l’abattoir seront, peut-être, bientôt de l’histoire ancienne. En France, sous l’insistance du député de Charente-Maritime Oliver Falorni l’Assemblée nationale vota le 12 janvier 2017 cette même mesure. Celle-ci devait prendre effet le 1er janvier 2018. Mais l’élection présidentielle est passée par là et la mesure est tombée aux oubliettes. Toutefois, le président français s’était clairement engagé par écrit auprès des associations sur ce point. Il faudra pour cela rassurer les salariés de l’agroalimentaire qui peuvent craindre un risque accru de « flicage » de leur productivité.

 

Le sujet concerne la Grande-Bretagne et la France comme l’ensemble des pays européens. La question du bien être animal concerne aussi l’Union européenne. Et même au premier chef. L’Europe, c’est d’abord de manière concrète le marché unique et la politique agricole commune. C’est donc la taille des cages des poules, des mesures d’hygiène dans les porcheries, les règlements du transport animalier, et toutes les règles d’étiquetage. C’est aussi le niveau des aides de la PAC pour les différents modèles agricoles.

Hier soir en déplacement à Epinal, le président français a donné le top départ des conventions européennes. « L'Europe, c'est nous qui la faisons. C'est nous qui allons la changer !" a exhorté Emmanuel Macron. Maintenant, il faut faire vivre le débat européen partout. Durant deux heures et demie et devant 400 personnes il a ainsi apporté ses propres réponses sur l’Euro, la sécurité et la concurrence comme sur l’agriculture et ses défis majeurs. Dans les comptes rendus qui seront issus de tous ces débats, soyons certains que l’appel vibrant émit par de plus en plus d’européens en faveur du respect du monde animé qui nous entoure occupera aussi une bonne place. Et comme sur le reste des questions, il reviendra aux partis politiques européens de se positionner clairement.

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