L’édito d’Erwan Quinio · « L’empire, les cinq Rois »…et l’Europe »

L’édito d’Erwan Quinio · « L’empire, les cinq Rois »…et l’Europe »

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio · « L’empire, les cinq Rois »…et l’Europe »

Alors que la Syrie revient une énième fois tragiquement dans l’actualité, vous revenez ce matin sur le dernier livre de Bernard-Henri Levy sortit chez Grasset « L’Empire et les cinq Rois », que faut-il en retenir ?

 

On aime ou on déteste Bernard-Henri Levy. Son phrasé, ses manières, sa coiffure excentrique et sa tenue vestimentaire, étonnent ou exaspèrent. Au moins le personnage a le mérite de ne pas laisser indifférent. Son dernier livre « L’Empire et les cinq Rois » est un ouvrage de philosophie, d’histoire, d’actualité. De géopolitique surtout et il part d’un constat simple :

« Il y a des évènements, qui n’ont l’air de rien et qui sont, en vérité, comme une foudre dont l’onde va mettre du temps, beaucoup de temps, à se propager mais qui vont relancer, comme jamais, le cours de l’Histoire ». Pour Bernard-Henri Levy, le lâchage des kurdes par l’occident est de ceux-là. Il appelle à en prendre conscience.

Pour rappel, les 4 et 5 octobre 2017, l’attaque irano-irakienne sur Kirkouk laisse la communauté internationale impassible.

 

Les Kurdes comme un miroir, ce peuple en trop abandonné à ses montagnes dont les kurdes rappellent souvent amèrement qu’elles sont leurs seules vraies amies. L’histoire se répète donc pour ce peuple opprimé. Mais pour Bernard-Henri Levy, après la résistance héroïque des kurdes manifestée contre Daech, c’est la trahison de trop. L’ordre politique du monde  peut s’en trouver durablement changer : la Paix américaine commence à se dissoudre.

Bernard-Henri Levy n’est en effet pas tendre avec les américains.

Oui Simon, et c’est peu de le dire. L’Amérique, comme dévitalisée, disposée à laisser filer ses propres valeurs, perd de son ascendant. Il parle même de son évaporation. D’un lent et long déclin qui se manifeste déjà quand en 1956, les américains changent leur devise : « E pluribus unum » « Seul à partir de plusieurs » pour le moins rassembleur : « In God we trust » ; un déclin qui se manifeste aussi plus récemment quand les logiques commerciales et policières des GAFA prennent le dessus. Un déclin moral que caractérise cette prééminence des réseaux sociaux qui dessocialisent. Un déclin qui se retrouve dans le retour aux portes du pouvoir des suprémacistes blancs. Pour l’auteur, ‘l’America first’ tant vantée par l’actuel président américain Donald trump n’aurait peut-être pas déclaré la guerre au nazisme. Il n’y va donc pas par quatre chemin, l’Amérique est devenue cet Empire du Rien, cet occident qui ne sait plus ni qui il est, ni ce qu’il veut

 

Ceci dans un conteste dans lequel d’autres puissances, des puissances adverses s’enhardissent, poussent à leur avantage, et se mettent à rêver d’un réveil décisif.

 

C’est effectivement son analyse. L’Empire, l’Amérique perd son rang. Pendant ce temps, cinq pays, cinq Rois pour reprendre le titre de son livre reviennent sur le devant de la scène. C’est la Chine au capitalisme le plus sauvage et façonnée par ce que le socialisme a produit de plus tyrannique ; c’est la Turquie allié aux djihadistes du Front Al-Nostra ; c’est l’Arabie Saoudite à l’origine de l’équipement militaire et idéologique de Daech, dont le dirigeant, Mohammed ben Salmane est actuellement en France et où l’apostasie reste punie de mille coup de fouet. C’est enfin la Russie et son projet Eurasien, dont l’objet est d’offrir une alternative au projet européen que les Russes affirment décadent et condamné. Pour ces cinq puissances, leur heure est revenue.

Mais alors quid de l’Europe dans ce nouvel ordre international ?

 

Pour l’auteur, l’Europe sort de l’histoire après la seconde guerre mondiale. Il ne reste alors que l’Amérique, l’anglamérique pour être large, Londres et New-York. L’Europe due être sauvée à deux reprises. En 1917 et 1941. C’est deux fois de trop semble-t-il dire entre les lignes. Aujourd’hui, même les américains la snobe. Cela se traduit par un départ de l’Accord de Paris sur le climat, par la remise en question du parapluie militaire américain sur l’Europe. Il note que c’est l’œuvre de Trump, mais que cette tendance était déjà largement entamée sous Barack Obama quand celui-ci sèche le 25ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, puis la manifestation de solidarité à Paris avec les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, quand l’amérique déjà tolèrait les écoutes des dirigeants européens par la NSA.

Lire Bernard-henri Levy, c’est pourtant toujours un voyage dans ce que Hegel le premier appela la vieille Europe. Celle des utopistes, des philosophes, des combattants de la liberté :

Rousseau, Montesquieu, Erasme, Goethe, Périclès et Vaclav Havel y sont omniprésents et à tous es chapitres. Pour l’auteur, « L’Europe est une idée ». Voici l’aspect positif, optimiste. Pour le reste, la démission de l’Empire américain est le cœur de ce livre. A la vérité, l’Europe sur le cas kurde n’a rien entrepris non plus. Et c’est pourquoi le déclin de l’Empire américain qu’il décrit dans cet ouvrage est à mon sens aussi une leçon pour tous les européens. 

Leave a Reply

Your email address will not be published.