L’édito d’Erwan Quinio « Ce sont aux européens qu’il revient de sauver le Football ! »

L’édito d’Erwan Quinio  « Ce sont  aux européens qu’il revient de sauver le Football ! »

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio « Ce sont aux européens qu’il revient de sauver le Football ! »

Oui, le Football, c’est d’abord une histoire européenne. D’abord anglaise pour être honnête. Codifié par les Britanniques à la fin du 19e siècle, il se propage ensuite aux quatre coins de l’Europe. C’est notre jeu, notre sport, presque une religion, il fait intégralement partie de notre patrimoine. Et nous l’avons partagé avec la planète entière. On estimait ainsi en 2006 qu’il était pratiqué par environ 264 millions de joueurs à travers le monde. C’est considérable. Le football possède le statut de sport numéro un dans la majorité des pays. Certains continents, comme l'Europe, mais aussi l'Afrique, l'Amérique du Sud sont même presque entièrement dominés par cette discipline.

Mais alors en quoi le Foot serait menacé ?

Par le recours à la vidéo que tous veulent imposer tôt ou tard.

Le Mondial 2018 qui se tiendra du 14 juin-15 juillet sera le premier de l’histoire où les arbitres pourront avoir recours à l'assistance vidéo. Telle est le sentence prise par la Fédération internationale du Football, la dénommée Fifa qui promet "un football plus transparent et juste". « Cela a été approuvé, décidé, nous sommes bien sûr très contents de cette décision", a déclaré le président Gianni Infantino. De quoi nous faire regretter amèrement l’éviction de Michel Platini des instances du Football international. Le français était garant de l’universalité du Football et le défenseur acharné de l’humain, du libre arbitre de l’homme en noir. 

Certes, mais la vidéo est partout dans nos sociétés modernes. Elle restera de plus encadrée dans le Football ?

C’est vrai. Le recours à la vidéo, la VAR pour les experts, portera uniquement sur quatre cas: valider ou refuser un but, attribuer ou non un carton rouge, analyser une action pouvant valoir penalty et corriger une erreur d'identification d'un joueur sanctionné. "Ce n'est pas possible qu'en 2018 tout le monde, dans le stade ou chez lui, sache en quelques secondes si l'arbitre a commis une grave erreur, et que l'arbitre ne le sache pas, non parce qu'il ne veut pas savoir, mais parce que nous lui interdisons de le faire", a plaidé Infantino, fervent partisan de l'arbitrage vidéo après avoir longtemps été sceptique rappelle l’AFP. En réalité, cela peut tuer le foot. Du moins celui dont nous avons hérité. L’attaquant colombien de Monaco, Falcao le regrettait amèrement à l’issue de sa finale perdue en coupe de la ligue la semaine dernière contre le PSG : « Nous avons perdu 10 minutes sur deux situations. Surtout, ce  n’est pas clair même après les images ». Il a raison. Le football, c’est du rythme, ce sont des relances, des contre-attaques et des effets de surprise. Le recours à la vidéo va le saccader, le ralentir. A mon sens, la comparaison avec le Rugby où l’usage à la vidéo existe depuis le début des années 2000 ne tient pas. Les temps morts y sont réguliers. Entre chaque séquence, les joueurs reprennent leur souffle, s’hydratent et repartent au combat, la philosophie de jeu n’est pas la même. Qui plus est, il y a les règles et l’esprit des règles dans le Football. La règle, stricto sensu, c’était sans doute que Falcao était hors jeu samedi dernier. Mais l’esprit de la règle, c’était que cela se jouait à un cheveu. La prime au doute devait bien revenir à l’attaquant monégasque.

Mais nombreux experts et dirigeants du Football vantent la fin des injustices, n’est-ce pas un argument valable ?

La fin des injustices pour les uns. Les professionnels, là où l’argent coule à flot. Mais quid des autres, de tous les autres. C’est en réalité un football à deux vitesses qui se met en place. Un football différent pour les millions d’amateurs. L’injustice fait partie du Football. Dans toutes les écoles de foot, on en fait même son apprentissage. C’est une école de la vie. L’apprentissage de la frustration, de l’aléatoire, du respect de l’arbitre, de ses décisions à partir du moment où elles sont impartiales. C’était bien ainsi. Nous n’aurions jamais dû tolérer et accepter les insultes systématiques et vulgaires contre les valeureux arbitres dans nos stades. Ce sont eux les derniers amoureux du jeu et il faut justement les défendre et les mettre à l’honneur. La vidéo dans le Football, c’est l’entrée de l’intelligence artificielle, elle aussi partiale mais plus froide et déshumanisée. Malheureusement le processus semble lancé et inéluctable. Après son application lors du prochain Mondial, l’assistance vidéo sera implantée peu à peu dans nos compétitions nationales  et européennes dès la saison prochaine. Pas certain que le Football y gagne, ni la société en général. 

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