L’édito d’Erwan Quinio – Poker menteur européano-turque

L’édito d’Erwan Quinio – Poker menteur européano-turque

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio - Poker menteur européano-turque

L'Union européenne et la Turquie se parlent, mais sans avancées "concrètes"

Ce lundi, Jean-Claude Juncker et Donald Tusk recevaient Recep Tayyip Erdogan à Varna, la station balnéaire bulgare sur la mer noire

Et on a assisté des deux côtés à une belle séquence d’hypocrisie générale. On se demande bien à quoi joue Erdogan lorsqu’il affirme souhaiter une relance du processus d'adhésion de son pays.

On se demande à quoi jouent Juncker et Tusk lorsque ni l’un ni l’autre ne parlent de sanctions et n’abordent le cas Turc de front. A Varna, ils ont fait le minimum syndical parlant seulement d’« une nouvelle approche concernant l’emprisonnement » en Turquie et du besoin de : « continuer le dialogue dans des circonstances vraiment difficiles ». Les citoyens européens et turcs savent pourtant parfaitement ce qu’il en est de l’adhésion turque à l’Union européenne. Ils sont peut-être mieux informés que leurs dirigeants.

 

Effectivement, la liste des différends s’allonge de mois en mois. Le processus d’adhésion paraît totalement enlisé.

 

Oui, on se demande d’ailleurs bien ce qu’il faut faire pour que l’Europe annonce enfin la fin des négociations avec la Turquie. Il serait pourtant tellement plus honnête de s’engager dans une autre forme de partenariat. Pris isolément, l’ensemble des chefs d’Etat sont contre l’adhésion. C’est connu. Mais collectivement ils entretiennent le suspens. C’est risible et d’une hypocrisie totale qui n’a rien à envier à celle du président Turc. Au lieu de cela, nous avons eu le droit à un énième sommet qui s'est évidemment conclu sans avancées "concrètes ».

 

La Turquie connaît des turbulences et un durcissement du régime. Il faut dire que la situation du pays semble précaire.

 

Effectivement. La Turquie a la Syrie pour voisine. La région est en ruine. Des centaines de milliers de morts hantent toute cette partie du monde. Mais, Recep Tayyip Erdogan ne joue absolument plus son rôle. Après une tentative de putsch, il a viré 160.000 personnes de son administration et emprisonné 55.000 autres, « dont nombre de journalistes et d’écrivains ». rappelait hier le journal Marianne. Les procès sont expéditifs. Le président Turc procède à une islamisation à marche forcée de son pays jetant par la fenêtre un par un tout l’héritage du fondateur du pays, Mustafa Kemal Atatürk. Le clan Erdogan entretient des relations obscures avec certaines filières du djihadisme. Longtemps il a laissé sa frontière ouverte aux passages des combattants djihadistes. Les livraisons d’armes à l’Etat islamique sont un secret de polichinelle. C’est ce même Erdogan qui en achetant Coton et pétrole permit à Daech de payer ses troupes pendant de trop longues années. Enfin, et en l’absence d’agressions et de tout motif valable, Erdogan n’a pas hésité à s’attaquer aux Kurdes de la région d’Afrin donnant le sentiment d’une revanche post mortem de l’Etat islamique. En fait, Erdogan a attendu le désengagement occidental pour massacrer et humilier les vrais vainqueurs des barbares islamistes.  

 

"Nous restons candidats à une accession à l'Union européenne et souhaitons avancer plus rapidement dans cette direction", a pourtant souligné le chef d'Etat turc à l'issue du dîner de travail avec les dirigeants européens.

 

On marche donc sur la tête. Et les dirigeants européens regardent ailleurs. La Turquie contrôle toujours une partie de Chypre, un pays membre de l’Union européenne. Elle a favorisé l’immigration de centaines de milliers de réfugiés vers l’Europe et exige maintenant d’être dument rétribué pour mettre fin à ce qu’elle a elle-même organisé. C’est vrai que l’Europe a besoin de la Turquie notamment pour surveiller et stopper les djihadistes européens sur le retour mais sur le fond, la Turquie est un pays d’Asie mineure et une adhésion à l’Europe n’est entendable que si l’Union devient une simple zone de libre échange économique. C’était la vision anglaise. Il serait temps de dire la vérité aux citoyens turcs et européens plutôt que de poursuivre ce qui ressemble de plus en plus à une immense mascarade eurpéano-turque. 

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