L’édito d’Yves Pascouau – Quand la Hongrie réduit l’UE au silence

L’édito d’Yves Pascouau – Quand la Hongrie réduit l’UE au silence

Yves Pascouau, Chercheur à l'Université de Nantes - Chaire Schengen - Institut d'Etudes Européennes et Globales - Alliance Europa.

Notre éditorialiste est docteur en droit public de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Il est actuellement chercheur à l'Université de Nantes, titulaire de la Chaire Schengen. Il est aussi membre de l'Institut d'Etudes Européennes et Globales - Alliance Europa dont l'ambition est de "faire émerger un pôle de recherche interdisciplinaire de visibilité européenne en Pays de la Loire". Yves Pascouau est également chercheur associé Senior à l'Institut Jacques Delors (un think-tank européen basé à Paris). Avant de rejoindre l'université de Nantes, Yves Pascouau a exercé les fonctions de Directeur des questions migratoires au European Policy Centre (un think tank basé à Bruxelles).

A coté de ses fonctions professionnelles, Yves Pascouau a fondé en 2013 le site europeanmigrationlaw.eu, qui a pour objectif d'offrir aux professionnels et praticiens un "accès simple et rapide au droit et à la jurisprudence de l’UE".

Quelques liens :

L'édito d'Yves Pascouau - Quand la Hongrie réduit l’UE au silence

Aujourd’hui Yves votre édito s’intitule « quand la Hongrie réduit l’UE au silence »

La semaine dernière, Federica Mogherini, était au Parlement européen.

Federica Mogherini qui est la Haute représentante de l’UE aux affaires étrangères

Oui Simon ou si l’on préfère la cheffe de la diplomatie européenne.

Devant le Parlement européen elle rendait compte de l’avancée des négociations en cours aux Nations Unies au sujet des Pactes mondiaux sur l’immigration et l’asile. Dans un discours aux accents très positif, elle soulignait que la gestion du phénomène migratoire est tout à fait possible à la condition toutefois que cette gestion se fasse dans un esprit de solidarité.

C’est-à-dire ?  

Et bien Federica Mogherini a rappelé deux choses assez élémentaires. Aucun Etat ne peut gérer seul les migrations et donc c’est ensemble, dans le cadre de négociations internationales, que cette question doit être abordée.

Elle a d’ailleurs rappelé que c’est dans un esprit de solidarité, de responsabilité partagée, de multilatéralisme et d’engagement que les négociations des Pactes mondiaux sur l’immigration et l’asile ont été initiées.

Mais cet esprit de solidarité et de responsabilité est-il vraiment partagé ?

Et bien non Simon et le plus délicat c’est qu’il n’est pas partagé au sein même de l’UE. En termes très diplomatique Fedérica Mogherini a regretté qu’un Etat membre de l’UE ne soit pas en ligne avec les 27 autres.

Cet Etat membre - la Hongrie – n’a de son côté pas cherché à cacher son opposition au processus en cours aux Nations-Unies. Dans un plan en 12 points, publié la semaine dernière, et intitulé « Security First » (la sécurité avant tout) les autorités hongroises disent en gros tout le mal qu’elles pensent des Pactes mondiaux.

Et ça pique ?

Oui plutôt Simon. On y lit que « la migration est un processus défavorable et dangereux » que la politique visant à encourager la migration est « nuisible » et qu’il faut donc y mettre immédiatement fin » on y lit encore que « La communauté internationale doit réaliser que la migration n'est bénéfique pour personne : pas pour ceux qui risquent leur vie en essayant de se rendre dans d'autres pays et pas pour ceux qui doivent accueillir des personnes de cultures différentes ». Etc etc etc

 

Le Premier Ministre hongrois a résumé la situation en disant simplement que le document qui sert de base aux négociations à New-York est, je cite « en contradiction avec la position hongroise sur la migration ».

L’unité européenne est donc rompue

Oui Simon et cela pose une très grosse difficulté. En l’absence de consensus entre les 28 Etats membres de l’UE sur une position commune, et bien l’UE européenne est condamnée … au silence. Sans l’accord des 28 Etats membres, Federica Mogherini ne peut pas prendre la parole aux Nations-Unies et défendre une approche européenne.

Alors que l’UE pouvait et souhaitait jouer un rôle de premier plan dans la négociation des Pactes mondiaux sur l’immigration et l’asile, la Hongrie par ses positions et sa politique profondément inquiétantes l’en empêche.

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