L’édito d’Erwan Quinio – « L’Union européenne condamnée à l’exemplarité »

L’édito d’Erwan Quinio – « L’Union européenne condamnée à l’exemplarité »

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio - « L’Union européenne condamnée à l’exemplarité »

Au sein de la Commission européenne, la promotionde Martin Selmayr de la fonction de directeur de cabinet à celle de secrétaire général adjoint, un poste pour lequel il était l’unique candidat, puis à celle de secrétaire général après la démission « surprise » du titulaire de la fonction fait du bruit.

Effectivement, Jean-Claude Juncker en prend plein la tête depuis l’article du journaliste de Libération, Jean Quatremer. Cette semaine au Parlement européen, c’est même un florilège. Accusé de coup d’état, de despotisme, d’avoir laissé l’administration prendre le pas sur le politique, mais aussi à l’inverse d’avoir laissé passer une manœuvre du Parti populaire européen afin d’étendre son influence au coeur des institutions européennes... Tout y passe. En résumé Martin Selmayr aurait été parachuté de manière cavalière à la tête de l’administration européenne et de ses 33 000 fonctionnaires. Un poste très envié, auquel on ne parvient théoriquement qu’après un très long parcours du combattant au sein de l’administration bruxelloise. A quelques mois de l’élection européenne, le procédé dérange donc dans les coulisses de Bruxelles. La Commission européenne tente désormais de se justifier et rappelle que les règles ont été respectées. Sans convaincre véritablement tout le monde. Il semble assez évident que Martin Selmayr a bénéficié d’un remerciement pour bon et loyaux services auprès du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. En France, le même procédé n’aurait sans doute pas ému grand monde. A Bruxelles, Jean-Claude Juncker vient peut-être de se compliquer pour de bon sa fin de mandat.

Que sait-on en fait de Martin Selmayr ?

C’est en fait tout le paradoxe et les limites de cette affaire. Ceux qui le connaissent ne disent que du bien de lui. Martin Selmayr serait un bourreau de travail, hyper-compétent. Allemand, il aurait été capable de privilégier l’intérêt de son institution au détriment même parfois des positions allemandes notamment dans le dossier grec. Et si ce monsieur inconnu du grand public est parvenu à s’opposer au très redouté Wolfgang Schäuble, ministre allemand de l’Economie sous le précédent mandat d’Angela Merkel, c’est que le personnage est solide et dispose d’un vrai culot tant ce ministre était craint. Martin Selmayr connaît apparemment tous ses dossiers. Il est toujours sur le pont, joignable jour et nuit, et restera quoi qu’il arrive comme l’homme clé de l’équipe de Jean-Claude Juncker.

Alors pourquoi une telle polémique ?

D’abord, peut-être parce que la Commission européenne est devenue la forteresse des hauts fonctionnaires, hyper-compétents mais dont les profils se ressemblent terriblement. L’élite européenne ne se rend plus compte qu’elle vit en vase clôt. Qu’elle tourne sur elle-même. Je n’avais pour ma part jamais entendu parlé de ce Martin Selmayr mais il semble un peu sortir du moule. Et cela ne plaît pas à tout le monde. Sa fulgurante carrière a exacerbé des jalousies. Nous verrons bien si la polémique s’aggrave. Le Parlement a décidé, à l’unanimité, de confier à sa redouté Commission du contrôle budgétaire, la COCOBU, une enquête sur les conditions de cette promotion.

Cette affaire traduirait selon vous autre chose de plus profond que l’Union européenne devrait prendre en compte ?

Oui, Les institutions européennes devraient prendre en considération l’attente d’exemplarité des citoyens européens qui sont encore plus exigeant avec l’Europe qu’avec leurs responsables politiques nationaux. C’est peut-être injuste mais rappelons-nous à quels points les articles de la presse anglaise ont fini par détruire l’image de l’Europe outre manche. Cela s’est conclu par le Brexit. Sur France 3 début février Stéphane Girard n’y allait pas de main morte dans l’émission « Pièce à convictions » toujours en ligne sur le site internet de la chaîne. Gros salaires, privilèges et gaspillages, un florilège d’abus qui reviendront forcément sur le tapis dans les prochains mois. Les deux sièges du Parlement européen, la folie des salaires de fonctionnaires alignés sur le principe des grandes carrières internationales, ce qui en Europe pourrait se discuter. L’administration européenne et le Parlement européen vont devoir revoir leurs procédures de A à Z. Telle est l’obligation si l’Union européenne ne veut pas subir l’assaut de tous les démagogues. L’Heure est donc au régime sec et la fin de toutes les petites et grosses facilitées. Un critère permettra d’en juger : le seuil des dépenses de fonctionnement. Actuellement, l’Europe ne fait pas pire que celles des Etats membres mais elle est bien condamnée à faire mieux.

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