L’édito d’Erwan Quinio · Cas pratique de l’utilité de l’Europe

L’édito d’Erwan Quinio · Cas pratique de l’utilité de l’Europe

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio · Cas pratique de l’utilité de l’Europe

L’édito d’Erwan Quinio · Cas pratique de l’utilité de l’Europe

En annonçant du jour au lendemain et unilatéralement des taxes sur l’acier et l’aluminium importés aux États-Unis, Donald Trump, le président américain, vient d’offrir aux 500 millions d’européens une illustration concrète de l’utilité de l’Europe. Car c’est dans ces moments particuliers, de crise et de surprise que l’Europe est testée sur sa plus value, sur sa raison d’être, sur son utilité. Dans ces temps de crises commerciales, dans de tels cas, la question qui se pose à nous est simple et particulièrement concrète. Vaut-il mieux être seul comme la Suisse et bientôt le Royaume-Uni ou vaut-il mieux être dans une alliance d’Etat comme au sein de l’Union européenne. Je plaide vous vous en douterez pour l’utilité de l’Europe et la deuxième option et je vais tenter d’en faire la démonstration concrète.

Revenons donc sur ce cas pratique du conflit commercial ouvert par Donald Trump. Que s’est-il passé ?

Cerné par les affaires, en mauvaise posture à l’approche des élections de mi-mandat de novembre 2018, où les Républicains pourraient perdre le Congrès, le président des Etats-Unis  annonça le jeudi 1 mars, l’introduction « pour une période illimitée » de taxes douanières pour les importations d’acier et d’aluminium vers les Etats-Unis. J’aime le chaos a-t-il plaisanté après avoir tweeté: «  les guerres mondiales sont bonnes et faciles à gagner ».  Ce sera donc plus 25% pour l’acier et plus 10% pour l’aluminium.  Dans le viseur de Donald Trump,  l’Union européenne, le Canada, le Mexique, la Chine les fabricants de voitures allemandes, et pour  tout dire l’ensemble des acteurs commerciaux que compte la planète. Durant le week-end, la mesure était censée ne souffrir aucune exception. Désormais, le président américain semble ouvert à des exemptions pour le Canada et le Mexique, si toutefois ils acceptent de renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena, ou Nafta en anglais) nous informe le journal Médiapart. Les partenaires commerciaux des Etats-Unis sont donc contraints de prendre acte de la décision américaine. « L’America first » n’est plus seulement un slogan de campagne. C’est bien une nouvelle réalité que nous devons intégrer et prendre en compte.

Des voix s'élèvent au quatre coins du monde contre le protectionnisme de Trump

 Oui. Effectivement. Beaucoup font les gros yeux.

Le Fonds monétaire international s’est inquiété pour la croissance mondiale. Le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) Roberto Azevedo a dit qu'il n'était pas possible «d'ignorer» le risque d'une détérioration du commerce mondial. Le Canada trouve l’initiative« inacceptable ». La Première ministre britannique, Teresa May s’est dite"profondément préoccupée. Le Japon, l’Australie ou encore le Brésil protestent. Mais à vrai dire, dans de tels cas, il y a les diseurs et les faiseurs. Et je remarque que seules l’Union européenne et la Chine ont posé sur la table concrètement la question des représailles. A mon sens, ce n’est pas un hasard. Il faut du cran et une certaine taille critique pour s’opposer non pas dans les mots mais dans les faits à Donald Trump. C’est là tout l’intérêt du bouclier européen. L’Europe comme la Chine ne veulent pas d’une guerre commerciale mais ne resteront pas sans réagir. La France seule comme la Suisse seule ou demain le Royaume-Uni seul ne pourraient se permettre cette audace.

L’Union européenne prépare déjà des mesures de rétorsion sur les entreprises américaines ?

Oui.. L'Europe pourrait appliquer des droits de douanes de 25% sur environ trois milliards d’euros d’importations en provenance des Etats-Unis. Le constructeur de motos Harley-Davidson, les producteurs de bourbon ou les jeans Levis pourraient être visés.

Il faut dire que l'Europe sera touchée par la décision américaine. Les taxes américaines limiteront l’accès des sidérurgistes européens à leur troisième marché d’exportation, où ils vendent chaque année pour environ 5 milliards d’euros d’acier (1 milliard d’euros pour l’aluminium). Chose remarquable, le plan de riposte européen est déjà prêt sur des entreprises américaines dans les matières premières, l’industrie et l’agriculture dont certaines situées dans les Etats les plus favorables à Donald Trump. Dans ce monde des géants, dans lequel les USA, la Chine, la Russie ou le Brésil multiplient les mesures protectionnistes, seuls les rapports de force façonnent les relations commerciales et mieux vaut pouvoir compter sur la force du nombre.

Le président de la Commission Jean-Claude Juncker a pris le soin de préciser que la réaction européenne serait conforme aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle compenserait en valeur les pertes potentielles pour l’industrie européenne. Un juste retour des choses en quelque sorte. Et un message pour préciser à nos amis américains que non, l’Europe ne se laissera pas marcher dessus en tendant aimablement l’autre joue. En 2017, les américains à eux-seuls comptaient pour 20% des nouvelles mesures protectionnistes. C’est leur droit le plus élémentaire. L’Europe aussi tente de se protéger notamment contre le dumping chinois. Mais cela doit se faire dans les règles. De manière proportionné et de façon cibler. Dans le cas américain, c’est la politique du fait accompli. Du coup de menton. Et face à de tels comportements, mieux vaut s’appeler la Chine ou l’Union européenne que la principauté d’Andorre pour espérer faire valoir ses droits. Tel est un cas très pratique et concret de l’utilité de notre Europe.

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