L’édito de Sylvain Kahn – Italie, attention, élections inflammables !

L’édito de Sylvain Kahn – Italie, attention, élections inflammables !

Sylvain Kahn

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Sylvain Kahn, professeur à Sciences Po et chercheur associé au sein de Géographie-Cités

"Sylvain Kahn est professeur agrégé au sein du master affaires européennes et du département d’histoire à Sciences Po. Depuis 2001, il enseigne les questions européennes, notamment l’histoire de la construction européenne."
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L'édito de Sylvain Kahn - Italie, attention, élections inflammables !

Dans moins de dix jours les Italiens seront aux urnes. Ces élections législatives auront une formidable portée européenne. Elles s’inscrivent en effet dans cette fabuleuse série électorale européenne lancée par le Brexit du 23 juin 2016.

Fabuleuse comme on le dit d’une saga ou d’une épopée. Depuis le référendum sur l’appartenance du Royaume uni à l’Union européenne, la plupart des élections générales en europe se sont polarisées sur la question européenne : stop ou encore ?

Il y eut successivement la présidentielle autrichienne, les législatives hollandaises, la présidentielle française, les législatives allemandes, autrichiennes et tchèques. En décembre 2016, le troisième tour de la présidentielle autrichienne fut comme un référendum sur l’appartenance de l’Autriche à l’UE, le non étant incarné par le candidat du parti d'extrême droite, et le oui par Alexander van Bellen, un écologiste finalement élu avec 55% des voix.

En mars dernier, le nexit aux Pays Bas avait le visage de Geert Wilders, leader du PVV. A force qu’il soit donné en tête dans les sondages, les électeurs néerlandais participèrent à plus de 80% pour donner une large majorité de suffrages à des partis attachés à la construction européenne et faire passer le PVV sous la barre des 20%.

En mai, le frexit prit en France le visage de Marine Le Pen. Au second tour, face à Emmanuel Macron, candidat qui faisait de l’approfondissement de l’Union européenne la clé de voûte de son programme, la candidate du Front national, tout en mobilisant 10 millions et demi de suffrages, un record, ne dépassa pas un tiers des suffrages exprimés.

En septembre, en Allemagne aussi, l’euroscepticisme voire le souverainisme fit une percée: avec 13% des voix, le parti de droite extrême AfD a envoyé 94 députés au Bundestag, tout en restant isolé dans sa remise en cause de l’Euro.

Lors des élections législatives autrichiennes d’octobre dernier, le parti d’extrême droite FPÖ, avec 25% des voix, n’est arrivé cette fois qu’en troisième position. Toutefois, le leader du parti conservateur ÖVP arrivé en tête, Sebastian Kurz,  a offert à  son adversaire jusqu’alors favorable à une quasi sortie de l’Autriche de l’UE de gouverner ensemble dans le cadre d’une coalition pro UE mais xénophobe et anti migrants.

La droite extrême eurocritique, illibérale et xénophobe est aussi au pouvoir en Hongrie depuis 2010, avec Viktor Orban, et en Pologne depuis 2015 avec le Parti droit et justice. Ce pourrait être aussi le cas en République tchèque, où Andrez Babis, le premier ministre issu des législatives de décembre, est porté par un parti populiste ambigu sur l’UE, ANO.

Depuis cinq ans, l’Italie détonnait dans ce paysage, avec sa majorité de centre gauche pro européenne dont la figure de proue, Matteo Renzi, avait même obtenu un raz de marée aux élections européennes de 2014.

Les sondages donnent battus ce Parti Démocrate.  Les Italiens donneront-ils la majorité de leurs suffrages aux trois partis anti-européens que sont d’une part le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo, ce parti populiste inclassable, et d’autre part les deux partis d’extrême-droite, La Ligue et Frateli d’Italia, l’un et l'autre proche de notre Front national et alliés au Forza Italia du vieux Berlusconi ?

Ce 4 mars 2018, si, contrairement à la France et aux Pays Bas, mais comme la Pologne, l’Autriche et la Hongrie, l’Italie passait du côté obscur de la force européenne, ce serait une victoire de poids pour les partis qui rêvent de détourner l’Union européenne de son cours humaniste et de la faire bifurquer vers la xénophobie d’Etat, le nationalisme européen et la corrosion de l’Etat de droit.

Alors, le 4 mars prochain, ce sera le moment de clamer tous ensemble et bien fort : Forza Europa !

 

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