L’édito de Sylvain Kahn – Listes transnationales : des eurodéputés tristement mesquins

L’édito de Sylvain Kahn – Listes transnationales : des eurodéputés tristement mesquins

Sylvain Kahn

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Sylvain Kahn, professeur à Sciences Po et chercheur associé au sein de Géographie-Cités

"Sylvain Kahn est professeur agrégé au sein du master affaires européennes et du département d’histoire à Sciences Po. Depuis 2001, il enseigne les questions européennes, notamment l’histoire de la construction européenne."
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L'édito de Sylvain Kahn - Listes transnationales : des eurodéputés tristement mesquins

En 2019, Il n’y aura donc pas de députés européens élus sur des listes transnationales aux prochaines élections européennes. Ainsi vient d’en décider  la majorité de l’actuel parlement de Strasbourg. Pour l'occasion,  le grand groupe des députés de droite, le PPE, s’est allié avec les différents groupes eurosceptiques et d’extrême droite pour rejeter cette proposition. Elle ne portait pourtant que sur moins de 50 députés, alors que le Parlement européen en compte 751. Il s’agissait de remplacer de cette façon une partie des sièges laissés vacants par les députés jusqu’alors élus au Royaume Uni.

 

Cette idée était portée, depuis 2014, par Jean Claude Juncker, pourtant chef de file de ce même PPE en 2014, ainsi que par l’Espagne l’Italie et la France. Emmanuel Macron en avait fait un cheval de bataille.

 

Les arguments de ce rejet sont connus. Alain Lamassoure, européiste en vue et inlassable du PPE  s’il en est s’en est fait le porte voix : il s’agirait de députés hors sol, méconnus de leurs électeurs. Ce type de liste ne pourrait selon lui que renforcer le sentiment que l’Europe est très éloignée des gens.

 

Cet argument cache pourtant mal des considérations politiciennes. On voit mal comment l’élection de moins de 10% des eurodéputés sur des listes transnationales pourraient donner le sentiment que l’élections des 95% restants, qui seraient toujours élus sur des listes nationales, seraient hors sol.

 

La symbolique en effet serait très forte. chaque électeur, dans son isoloir, aurait à voter pour deux listes : une liste nationale classique, et une liste transnationale. Un tel acte colorait considérablement le côté européen des élections.

 

Ce rejet cache mal les divisions du PPE entre les illibéraux nationalistes et les chrétiens démocrates, et la crainte des petits pays d’être défavorisé par cette innovation.

 

Au final, le Parlement européen s’est contenté de re distribuer 27 des sièges jusqu’alors attribués aux britanniques aux différents pays en prenant pour clé de répartition les évolutions démographiques. C’est ainsi que le contingent d’eurodéputés français passera de 74 à 79 - la belle affaire. Faute d’accord sur les listes transnationales, les 46 autres sièges actuellement occupés par des eurodéputés britanniques sont tout simplement supprimés, au nom d’économies principalement réclamées par les partis eurosceptiques.

 

Voilà donc cette belle idée iconoclaste et audacieuse de listes transnationales aux élections européennes  une fois de plus renvoyée aux calendes grecques. Le Parlement européen vient de se comporter avec frilosité et mesquinerie, et de jouer, non sans talent, la partition d’une Union européenne réduite à une AG de copropriétaires. Merci !

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