L’édito d’Erwan Quinio – Doc Gyneco et Dodo la Saumure, contributeurs nets de l’Europe, c’est Eurostat qui le dit…

L’édito d’Erwan Quinio – Doc Gyneco et Dodo la Saumure, contributeurs nets de l’Europe, c’est Eurostat qui le dit…

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio - Doc Gyneco et Dodo la Saumure, contributeurs nets de l’Europe, c’est Eurostat qui le dit…

L’édito d’Erwan Quinio – Doc Gyneco et Dodo la Saumure, contributeurs nets de l’Europe, c’est Eurostat qui le dit…

Les plus europhiles ecarquillent les yeux depuis une semaine. La consommation de drogue comme la prostitution seraient des échanges comme les autres. Activités légales ou non, elles contribuent à l’activité économique et doivent donc apparaître dans nos calculs de richesse. Incrédule, j’ai vérifié, Eurostat, qui publie toute sorte de communiqués de presse, sur la santé industrielle, l’économie circulaire ou le prix de nos logements, n’a même pas daigné publier le moindre démenti ou petit texte explicatif. Les européens sont priés de s’aligner. Par lâcheté, l’Insee s’y est donc pliée, certes de mauvaise grâce, mais s’y plie quand même pour les drogues, en écartant pour l’instant la prostitution. La France inaugurera ses nouveaux calculs dès le moi de mai prochain. La révision portera "sur l'ensemble des résultats" publiés par l'Insee, c'est-à-dire depuis 1947.

Au début on sourit, mais jaune, très jaune. Le PIB, ce n’est pas une donnée excentrique pour illuminés ou experts en mal de sensation. C’est le thermomètre de nos sociétés dites modernes, une vache sacrée, c’est l’alpha et l’omega à l’origine de toutes nos politiques publiques.

 

Eurostat, l’agence officielle de statistique est rattachée à la très rigide Commission européenne. L’agence dispose d’une aura internationale. On la dit indépendante,  méthodique dans ses publications. Comment a-t-on pu en arriver là ?

 

Par mimétisme et inconséquence aussi. L’histoire d’une dérive partie des Pays-Bas. De part son histoire coloniale, les néerlandais présents en Asie furent en première ligne dans le combat contre l’héroïne. Aussi, pour en limiter les dégâts, le pays a pensé qu’il était impossible de courir deux lièvres à la fois. Il fallait donc tolérer le cannabis pour gagner le combat des drogues dures. Après un rapport retentissant publié en 1972 et intitulé : « Le chanvre : quand on tire sur la corde », le gouvernement néerlandais en accepte la consommation personnelle et les coffee shops en 1976. Les Pays-Bas sont alors le premier pays au monde à prendre une telle mesure.

 

Suivant cette même logique, et guidé par ses influences libérales et libertaires, le pays décide en 2000 de distinguer prostitution « volontaire » et « non volontaire » en mettant fin à un interdit quasi centenaire des bordels et des proxénètes. « Les policiers pouvaient alors se concentrer sur la prostitution illégale et le trafic d’êtres humains ».

 

Mais quelles implications européennes ?

 

En ajoutant à leur PIB en 2010, comme ils en avaient bien le droit, les nouvelles recettes générées de la drogue et de la prostitution soit 3 milliards d’euros, 0,4 point de leur PIB si on ne considère que les revenus déclarés au Fisc, les Pays-Bas ont ouvert un précédent. Ils alarment d’ailleurs rapidement la Commission européenne de l’iniquité de leur contribution au budget européen, budget européen rappelons-le calculé sur ce même PIB. Or des PIB au mode de calcul harmonisé et calqué sur le modèle néerlandais, c’est davantage de recettes pour l’Europe qui estime en outre qu’il s’agit là de transactions commerciales consenties librement.

Les partenaires européens furent donc expressément invités à se conformer à la vision néerlandaise dès 2013. L'Espagne, le Royaume-Uni et l'Italie furent les premiers à suivre.

 

Voilà pour le précédent. Mais en quoi cela pose un véritable problème politique ?

 

D’abord parce que la moindre des choses aurait été de faire le distinguo entre le cannabis qui se rapproche sans doute davantage de l’alcool et les drogues dures, Héroïne, cocaïne, drogue de synthèse, LSD… la liste est incomplète. Le marché ne s’est jamais aussi bien porté nous alerte Marie Ottavi dans le Journal La Croix.

Sur le fond, c’est de toute façon inadmissible. Les Etats devraient avoir le droit de dire et d’estimer ce qui a ou non de la valeur ajoutée sans une société.

Qu’Eurostat conseille aux états membres de l’Union européenne pour calculer un tel chiffre de multiplier la quantité consommée de drogue par le prix moyen ayant cours dans la rue, tout en faisant jouer le paramètre du « ratio de pureté » des produits stupéfiants et des « coûts de transport et de stockage » des narcotraficants, c’est tout simplement hallucinant. Eurostat l’ignore peut-être mais la cocaïne fait des ravages en Europe. Venue de Colombie par avions, par bateaux, camouflé dans l’estomac de mules humaines, le kilo vendu là-bas 1000 euros, le sera 30 fois plus cher chez nous. En France, les prises explosent. 17 tonnes rien que pour l’année dernière. C’est deux fois plus qu’en 2016, dix fois plus qu’il y a encore 10 ans. Combien de complications cérébrales ? Combien de morts ?

A la triste vérité, Eurostat s’en moque. Ils ne savent rien de la réalité ni d’un drogué en manque, ni des minots guetteurs qui forcément décrocheront de l’école, ni des malheureux destins tombés dans les griffes de la prostitution. Pour ces statisticiens déconnectés, tout se vaut. La vente d’une voiture, d’un aspirateur, d’une dose, ou d’une passe, quelle différence ? Le marché rien que le marché. On nage en plein relativisme.

 

De quelle manière l’Europe pourrait-elle en tirer les conséquences ?

 

De deux manières me semble-t-il. D’abord en mettant un terme aux contributions étatiques du budget de l’Europe. Les comparaisons néerlandaises n’auraient ainsi plus lieu d’être. Qui plus est, les inconvénients du mode de financement de l’UE sont manifestes et indépassables. Vous vous souvenez du célèbre : « I want my monney back » de Tchatcher repris d’ailleurs récemment par Jean-Luc Mélenchon. Chacun attend son hypothétique juste retour de toute façon biaisé. Disons-le clairement, les contributions étatiques pour financer l’Union européenne, c’est un boulet pour l’Europe. Le mécanisme actuel fonctionne si mal qu’il a même été décidé sous Jacques Delors de renégocier les factures des uns et des autres tous les 7 ans seulement afin de ne pas démultiplier les tractations de marchands de tapis, les blocages et les psychodrames. Les instances élues ou nommées en Europe comme le Parlement européen et la Commission européenne, étant renouvelées  tous les 5 ans, donc pour trois ans de moins, le décalage temporel ainsi créé est groguignolesque et à mille lieues de toutes considérations civiques et démocratiques élémentaires. Le budget européen doit absolument trouver ses propres ressources financières. Taxe sur le carbone, taxe sur les transactions financières, part de l’impôt sur les sociétés, les différentes options sont légions mais indispensables pour venir alimenter le budget commun et sortir de l’impasse actuelle. Ce sera l’un des enjeux des élections européennes.

 

Enfin, l’Union européenne pourrait créer et mettre en exergue son propre indicateur. Le calcul du PIB est insatisfaisant et incomplet, tirons-en ensemble les conséquences.  

Car le PIB ne reflète que de l'activité, qu'elle soit légale ou illégale, qu’elle soit créatrice ou destructrice de nos neurones, de nos corps et de nos libertés. Le PIB se plait des inondations, des accidents de voitures et des guerres. Faire et défaire, c’est toujours travailler et produire doivent-ils penser.  Mais à quelles fins ? Changeons-le, transformons-le en s’appuyant sur d’autres indicateurs. Comme l’IDH

l’indice de développement humain qui existe déjà. Crée en 1990 par le Programme des Nations Unies pour le Développement, l’outil se fonde sur quatre critères : le PIB par habitant, la santé et le niveau d'éducation. La prise en compte des inégalités a été introduite en 2011. Derrière la Norvège, l’Allemagne est 4ème, les Pays-bas 7ème et la France 21ème. Tout juste derrière la Russie, la Roumanie 50ème ferme le tableau européen. L’absence de prise en compte des libertés publiques dans l'IDH est un défaut sérieux rappelle Wikipédia mais rien n’empêcherait alors l’Europe de concevoir son propre outil de statistique. Et un jour d’organiser les G8, G20 ou G50 du développement humain.

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