L’édito de Sylvain Kahn – 26.01.18 – Défense oblige ! Vers un Brexit soft ?

L’édito de Sylvain Kahn – 26.01.18 – Défense oblige ! Vers un Brexit soft ?

Sylvain Kahn

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Sylvain Kahn, professeur à Sciences Po et chercheur associé au sein de Géographie-Cités

"Sylvain Kahn est professeur agrégé au sein du master affaires européennes et du département d’histoire à Sciences Po. Depuis 2001, il enseigne les questions européennes, notamment l’histoire de la construction européenne."
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L'édito de Sylvain Kahn – 26.01.18 - Défense oblige ! Vers un Brexit soft ?

Au forum de Davos, la chancelière Merkel a fait l’éloge de l’Europe de la défense. Celle-ci reste à construire, mais les contours s’en dessinent, et, face à l’action chaotique du président américain Donald Trump,  la volonté européenne est au RV.  

Cette évolution a une conséquence inattendue : on se dirige vers un soft brexit ! Le signal en a été donné lors du sommet franco-britannique de Sandhurst, le 18 janvier dernier.

Emmené par Emmanuel Macron, le président français, et la première ministre Theresa May, ce sommet a confirmé la solidité de l’entente trans Manche dans la défense.

Celle-ci ne date pas d’aujourd’hui : les deux pays sont les seuls européens à s’être doté de l’arme de dissuasion nucléaire et à être membre permanent du conseil de sécurité de l’Onu.

Britanniques et français sont depuis des décennies sur la même ligne de front. Avant c’était celui de la guerre froide face à l’Urss ; aujourd’hui c’est celui de la lutte contre le djihadisme.

De fait, ce sommet de Sandhurst a témoigné d’amabilités et d’échanges de bonnes manières . La France a accepté de jouer le jeu du nouveau concept otanien qui, sur le frontière de l’UE avec la Russie, associe militairement un pays hôte (frontalier) et un  pays cadre (qui y déploie ses forces). Le RU a lui accepté de jouer le jeu de l’engagement militaire dans le Sahel. Voilà cinq ans que les Français le demandent avec insistance.

Pendant de temps, les services de renseignements de Sa majesté et ceux de la République n’ont jamais aussi bien travaillé ensemble, et on ne désespère pas, au contraire, de voir les industries de défense de France et du Royaume-Uni produire un missile commun.

La solidité de cet épaulement militaire franco-britannique est rehaussée par le peu d’intérêt que porte Donald Trump à la fameuse relation spéciale USA-Royaume-Uni. Comme par hasard, pendant ce temps, britanniques et Européens s’étant accordé fin 2017 sur le montant de la prestation compensatoire que les premiers verseront à l’UE,  les négociations sur les futures relations entre l’UE et le RU ont enfin commencé. Paradoxalement, la politique européenne de Donald Trump, qui fut pourtant l’un des plus fervents avocats du Brexit, rend la Défense européenne prioritaire sur l’agenda de tous et de chacun. Cette prise de conscience pousse le Royaume-Uni vers un Brexit a minima et le plus accommodant possible. Soft Brexit ? Défense oblige !

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