L’édito d’Yves Pascouau – 18.01.25 – La recette miracle ! Enfin on croit…

L’édito d’Yves Pascouau – 18.01.25  – La recette miracle ! Enfin on croit…

Yves Pascouau, Chercheur à l'Université de Nantes - Chaire Schengen - Institut d'Etudes Européennes et Globales - Alliance Europa.

Notre éditorialiste est docteur en droit public de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour. Il est actuellement chercheur à l'Université de Nantes, titulaire de la Chaire Schengen. Il est aussi membre de l'Institut d'Etudes Européennes et Globales - Alliance Europa dont l'ambition est de "faire émerger un pôle de recherche interdisciplinaire de visibilité européenne en Pays de la Loire". Yves Pascouau est également chercheur associé Senior à l'Institut Jacques Delors (un think-tank européen basé à Paris). Avant de rejoindre l'université de Nantes, Yves Pascouau a exercé les fonctions de Directeur des questions migratoires au European Policy Centre (un think tank basé à Bruxelles).

A coté de ses fonctions professionnelles, Yves Pascouau a fondé en 2013 le site europeanmigrationlaw.eu, qui a pour objectif d'offrir aux professionnels et praticiens un "accès simple et rapide au droit et à la jurisprudence de l’UE".

Quelques liens :

L'édito d'Yves Pascouau - 18.01.25 - La recette miracle ! Enfin on croit…

Bonjour Yves Pascouau, alors ce matin, vous nous parlez de la recette miracle pour gérer et surtout limiter la migration

Oui Laurence, et cette recette miracle s’appelle la politique de développement. Les acteurs européens le disent depuis des années. Les principales causes – ou causes profondes - des migrations irrégulières et forcées sont la pauvreté, l'insécurité, les inégalités et le chômage. En s’attaquant à ces causes, l’aide au développement doit améliorer les conditions de vie dans les pays d’origine et par conséquent réduire la migration. CQFD.

Et ce n’est pas le cas ?

Vous commencez à me connaitre Laurence et j’aurais tendance à vous répondre que c’est plus compliqué que ça… Je serais même tenté de vous répondre « ça dépend »

D’accord mais « ça dépend » ça ne m’éclaire pas beaucoup…

Eh bien la décision de migrer dépend de plusieurs facteurs, qui peuvent se combiner, et qui relèvent à la fois de la personne et du contexte. Parmi ces facteurs peuvent notamment être cités

  • L’histoire migratoire de la région d’origine (est-ce une région dans laquelle l’émigration est instituée ?)
  • La connexion avec des amis, de la famille, une diaspora à l’étranger (pour disposer des bonnes informations)
  • La capacité de payer le voyage ou encore
  • L’existence d’opportunités locales qui rendent le projet migratoire moins attractif.  

Et ces facteurs ont un effet sur l’échec ou le succès d’une politique de développement.

Par exemple ?

Vous pouvez développer des politiques permettant d’avoir accès au microcrédit pour financer une activité locale ou développer un business. Eh bien des études ont démontré que dans certaines sociétés où l’histoire migratoire bien établie, les familles utilisent le microcrédit pour financer le projet migratoire.

Mais d’autres études ont aussi montré que si le marché local n’offre pas d’opportunités ou de débouchés rentables, alors les personnes se replient sur la migration pour optimiser leurs prêts.

Un raisonnement similaire s’applique au domaine de l’éducation. Si je bénéficie d’un programme pour améliorer mes connaissances et qualifications mais que je ne peux les mettre à profit localement, le désir d’émigration peut augmenter.

Ces exemples illustrent l’importance du contexte local dans la migration.

Mais alors quel est l’impact de la politique de développement, si elle en a un ?

La politique de développement peut jouer un rôle important dans la modification des parcours migratoires mais à condition de considérer ses effets sur le long terme. Car en matière migratoire nous ne sommes pas à un paradoxe près…

En fait, une bonne politique de développement a peu de chances de réduire l’émigration dans le court terme. Au contraire, elle permet à un nombre plus important de personnes d’acquérir de meilleurs connaissances ou qualifications et des moyens financiers plus importants. Ces personnes bénéficient alors de meilleures conditions pour migrer. Ce n’est que sur le long terme, lorsque les conditions locales rendent le parcours migratoire moins attractif que l’émigration décline. C’est ce que l’on appelle « the migration hump » ou la « bosse migratoire ».  

Donc plus de développement égale plus de migration dans le court terme

C’est ce que de nombreuses études démontrent.  

Mais on peut tirer deux conclusions de tout cela. Tout d’abord, si nos dirigeants ont la volonté d’assurer le développement des pays tiers, et de l’Afrique en particulier, il faut préparer les migrations qui en résulteront. Cela veut dire qu’il faut penser à ouvrir des voies légale d’immigration. Or pour l’heure on ne le fait pas, ce qui n’est pas sérieux.

Ensuite, il ne faut pas confondre les objectifs. La coopération au développement vise à réduire et à terme à éradiquer la pauvreté. Elle n’est pas et ne doit pas être un instrument au service de la politique migratoire. Si cela devait être le cas, comme cela en prend la voie, le risque existe de n’atteindre aucun des objectifs recherchés, qu’il s’agisse de la lutte contre la pauvreté ou encore de la gestion des migrations.

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