L’édito d’Albrecht Sonntag – 18.01.11 – On croit rêver

L’édito d’Albrecht Sonntag – 18.01.11 – On croit rêver

L'édito d'Albrecht Sonntag - 18.01.11 - On croit rêver

Albrecht Sonntag, professeur à l’EU-Asia Institute de l’ESSCA Ecole de Management et membre d’Alliance Europa.

Albrecht Sonntag est professeur à l'EU-Asia Institute. Docteur en sociologie, il travaille sur les dimensions multiples du processus d’intégration européenne. Albrecht est également membre de l'Alliance Europa, consortium universitaire interdisciplinaire en Pays de la Loire.

Quelques liens :

On croit rêver

Chronique Albrecht Sonntag, 11 janvier 2018

L’édito d’Albrecht Sonntag, professeur à l’ESSCA Ecole de Management. Après ses bonnes résolutions de la semaine dernière, Albrecht semble déterminé à continuer de « positiver » en 2018 !

Résolument positif, en effet, Simon. A moins que je ne sois en train de rêver. Avez-vous suivi cette conférence presque surnaturelle en début de semaine sur le prochain budget européen –pardon : « le cadre financier pluriannuel » – qu’il faudra élaborer pour la période post-Brexit ? Franchement, ce qu’on y a entendu, cela tranchait nettement avec les habitudes.

Forcément, Albrecht, puisque le Brexit laissera un trou dans les caisses, vu que le Royaume-Uni faisait tout de même partie de ce qu’on appelle « les contributeurs net ».

Vous avez raison, et certaines régions réclament par ailleurs déjà des compensations pour le départ des Britanniques. Affaire à suivre, et sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir.

Mais ce qui m’a bluffé le plus, c’est les prises de parole de la Commission, c’est-à-dire de Jean-Claude Juncker, puis de Günter Öttinger, le Commissaire chargé du budget, et avant tout celle de Sigmar Gabriel, ancien président des Sociaux-Démocrates allemands et actuellement toujours ministre des affaires étrangères, vu qu’il n’y a pas encore de nouveau gouvernement.

Commençons par Jean-Claude Juncker : il a carrément proposé de procéder en définissant d’abord ce qu’on veut de l’Europe avant de parler argent. Fixer les objectifs avant de réfléchir aux moyens de financement. Vous allez me dire que cela relève du bon sens, mais dans les négociations budgétaires européennes, ce serait une ré-vo-lu-tion ! Car en général, les Etats-membres se mettent d’emblée sur leurs ergots, fixent un plafond budgétaire avec un gros trait rouge, puis adaptent les objectifs ensuite. Vers le bas, bien sûr.

Günter Öttinger, qu’on connaissait davantage sur ses maladresses répétées limite discriminatoires, a également prôné la rupture avec les vieilles habitudes. Il a clairement fait comprendre qu’au vu des missions accrues de l’Union – contribution à la sécurité des frontières et à la défense, transition écologique, gestion de la migration – il serait inévitable d’augmenter les contributions des Etats-membres, ne serait-ce que du seuil actuel d’1% à 1,1%.

Mais on avait l’impression qu’il s’adressait surtout à ses compatriotes allemands
(et à ses amis Chrétiens-Démocrates), en leur rappelant que leur opposition aux transferts financiers n’avait pas de sens. « Chaque budget », a-t-il dit, « que ce soit sur le plan local, régional ou national, n’est pas autre chose qu’un transfert d’ici vers là. » Un rappel fort utile.

C’est un discours encourageant. Mais pensez-vous qu’il sera suivi d‘actes concrets ? Les bonnes intentions ne se perdront-elles pas vite en route, une fois que les vraies négociations auront commencé ?

Par le passé, ma première réaction spontanée aurait été exactement celle-ci : tôt ou tard, quand on parle porte-monnaie, les vieux réflexes égoïstes de « marchands de tapis » prennent le dessus.

Mais comme je vous ai dit, j’ai envie d’être optimiste en cette début d’année. Cela se trouve que le Brexit et son timing, avec le départ du Royaume-Uni programmé fin mars 2019, est une vraie opportunité pour mettre fin aux vieilles routines, une véritable césure.

Et puis, il y a l’Allemagne de 2018, qui n’est peut-être plus tout à fait la même que ces dernières années. Possible que le vent soit en train de tourner à Berlin. En tout cas, c’est ce que suggérait la contribution de Sigmar Gabriel. Entendre un leader politique allemand – le numéro deux du gouvernement, mine de rien – reconnaître ouvertement que l’Allemagne est, je cite, « le plus grand bénéficiaire net, littéralement sur le plan économique et financier, et de toute façon sur le plan politique », cela faisait des années que j’attendais ça !

Déjà en mars 2017, lors d’une visite du candidat Emmanuel Macron à Berlin, Gabriel avait annoncé qu’il allait recommander à son parti de, je cite encore, « investir davantage dans l’Union européenne et d’être prêt à abandonner l’objectif du 1% » comme plafond des contributions nationales. Se proposer de plein gré à payer plus serait, selon lui, « une provocation » qui permettrait de faire avancer le débat.

A Bruxelles cette semaine, il a rajouté une couche, en encourageant la Commission de faire « une proposition ambitieuse pour le cadre financier pluriannuel », et en précisant qu’il y avait là une « occasion énorme qui ne se présente que tous les sept ans. »

Payer plus sans y être forcé. Eh bien, je n’en reviens toujours pas. Aurait-il écouté France Gall en cachette pour arriver à « refuser ce monde égoïste » ?

On ne peut qu’espérer que ses mots ont été bien entendus dans les salles à Berlin où se négocient actuellement la prochaine coalition gouvernementale. En attendant l’avènement de celle-ci, on peut toujours rêver un peu.

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