L’édito d’Erwan Quinio – 18.01.10 – « L’Euro, c’est mieux que le Bitcoin ! »

« L’Euro, c’est mieux que les Bitcoin ! », Non mais Allô quoi ! La ruée aux bitcoins est virale. Pour certains, le bitcoin serait la plus grande innovation monétaire depuis 20 ans.

L’édito d’Erwan Quinio – 18.01.10 – « L’Euro, c’est mieux que le Bitcoin ! »

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

L'édito d'Erwan Quinio - 18.01.10 - « L’Euro, c’est mieux que les Bitcoin ! »

L’édito d’Erwan Quinio – 18.01.10 – « L’Euro, c’est mieux que les Bitcoin ! »

Bonjour Simon, et bonne rentrée à toute l’équipe.

 

Non mais Allô quoi ! La ruée aux bitcoins est virale. Pour certains, le bitcoin serait la plus grande innovation monétaire depuis 20 ans.

Tout le monde en parle. Même Nabila Benattia, l’égérie de télé réalité. C’était il y a quelques jours sur snapshat avec une couronne de cœurs sur la tête. Je me permets de la citer : « Les chéris, je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler du bitcoin. C’est cette sorte de monnaie virtuelle. Et en fait je connais une fille qui travaille avec l’un des traders. Ils sont à fond dans le bitcoin. C’est un peu la nouvelle monnaie, genre la monnaie du futur. Et donc en fait je trouve que c’est assez bien. C’est grave en train de se développer. Petit passage de pub pour un site immatriculé en Andorre - puis elle prolonge son analyse de fond : « Cela commence à peine à se développer. C’est le moment de s’y intéresser un peu » « Même si vous n’y connaissez rien, cela permet de gagner de l’argent sans investir beaucoup, ce sont des petites sommes, genre moi j’ai du investir 1000 euros. J’ai gagné 800 euros mais vous pouvez miser moins -repassage de pub cette fois pour la page Facebook du même site- Puis Nabilla précise : « Je ne vais pas souvent sur Facebook mais bon il y a quand même des choses intéressantes parce que je surveille aussi ma mère sur Facebook. » Pour information Simon, 1 200 388 personnes la suivent quand même sur le réseau social). Puis Nabilla conclut son petit brief informatif par un hommage au « trader qui s’appelle Romain » avant de conclure : « C’est vraiment sûr, c’est vraiment cool. Si cela vous intéresse vous pouvez y aller les yeux fermés. Il n’y a rien à perdre.

Alors convaincu à Euradionantes ? Vous savez désormais ce que vous pouvez faire du budget 2018. Merci qui ?

 

Mais concrètement, le phénomène paraît mystérieux, improbable. Comment cela marche le Bitcoin ?

 

Le Bitcoin « de l'anglais bit : unité d'information binaire, pour mettre l’accent sur sa simplicité et coin « pièce de monnaie » apparaît en 2009. Quelques mois après la crise financière de 2008. Il s’agissait pour quelques Geek peut-être anarchistes de trouver un terrain monétaire refuge au système monétaire traditionnel piloté par les banques centrales étatiques et géré par les banques commerciales. L’idée était de faire sans les commissions et les pourcentages des banques privées. Voilà pour la belle histoire. Une aventure partie de 9 pages écrites explicatives des grands principes de la première cryptomonnaie.

Le Bitcoin vit sur un consensus décentralisé. Basé sur un algorithme et une force de calcul que forment les « Mineurs » potentiellement vous et moi, la monnaie s’échange de particulier à particulier grâce à une Block Chain.  21 millions de bitcoins seront émis sur le marché jusqu’en 2140 à un rythme décroissant. Ce qui lui permet théoriquement de prendre de la valeur.

Bon, je sens que j’en ai perdu quelques-uns là donc je vous invite à aller sur Youtube pour y voir plus clair.

 

Le cours de la première monnaie virtuelle n’a cessé de fluctuer.

1 000 dollars en janvier, 20 000 le 18 décembre et finalement 13 000 dollars le 22 décembre dernier en 2017. La monnaie en est déjà à son cinquième crack.

 

De grandes places financières s’intéressent de plus en plus au Bitcoin pour sa valeur spéculative. 

 

Créée par un algorithme qui échappe au contrôle des Etats et des banques. Pourquoi alors continuons-nous de préférer l’Euro ?

 

D’abord l’Euro est moins risqué.

Alors que le Bitcoin devait être un moyen de paiement, l’aspect financier et spéculateur est en train de l’avaler.

 

Sa chute serait loin d’être terminée, selon un trader cité hier par le magazine Capital, le bitcoin pourrait tomber à 9.000 dollars, soit une baisse supplémentaire de près de 40%. Un scénario qui pourrait se concrétiser assez rapidement, “d’ici février selon lui. Le crack de décembre ne serait donc pas le dernier. La monnaie souffre désormais de la concurrence de monnaies toujours plus sophistiquéesA l’image du Ripple. Alors qu'elle ne valait que 0,0064 dollar au premier janvier 2017, elle cote aujourd'hui 3,15 dollars s’ébahit Marc Fiorentino, expert des marchés financiers. + 50.000% sur 12 mois. Le Bitcoin n’est plus seul. 2000 cryptomonnaies coexisteraient aujourd’hui. Cette dissémination monétaire n’est pas rassurante comme nous le rappelle l’histoire américaine où longtemps de petites banques centrales exerçaient sur 30 ou 50 kilomètres et plongeaient le pays dans d’interminables conflits et arnaques en tout genres.

 

Victime de son succès, le Bitcoin est aussi l’objet d’attaques incessantes. Un piratage de données et la faillite d’une plateforme de bitcoin en Corée du Sud sont même à l’origine de ses dernières difficultés. Ce qui interroge sur la sécurité globale du système

 

Enfin, le bitcoin ce n’est ni égalitaire, ni transparent, ni démocratique. C’est même le far West.

 

Le bit coin, c’est la monnaie confiée au privé. 30% de la masse monétaire sont détenues par 1000 personnes. Les fondateurs et premiers initiés se sont allégrement servis et enrichis comme les vendeurs de pioches lors de la ruée vers l’or. 

 

Par ailleurs, si la démarche était un minimum citoyenne, civique à défaut de parler de philanthropie, pourquoi se cacher derrière des pseudonymes ?

« Satoshi Nakamoto tel est le nom ou plutôt le surnom du fondateur masqué du premier Bitcoin.

Il affirme être Japonais, cependant on ignore même s'il s'agit d'une seule personne ou d'un groupe de personnes, et son origine japonaise est remise en cause par la qualité de son anglais et l'absence totale de publications en japonais. Quoiqu’il en soit, il posséderait un million de bitcoins. En décembre 2017, la valeur du bitcoin étant proche de 20 000 $, sa fortune est estimée à 19,4 milliards de dollars, soit la 44e fortune mondiale » nous apprend Wikipédia. 

Derrière le phénomène Bitcoin, ce sont bien les mathématiciens qui ont pris le pouvoir en ce début de XXI siècle. D’abord arrivés sur les marchés financiers, ils sont désormais à l’abordage de ce que l’économie a de plus central, sanguin : la monnaie, le cœur du réacteur de nos économies modernes.

 

Faut-il dès lors le réguler ? Une loi européenne sur le bitcoin serait-elle pertinente ?

 

Bruno Le Maire en est persuadé. Le ministre français de l’Economie demandera même à ses homologues du G20 de réfléchir à un cadre juridique commun. «La montée en puissance du bitcoin présente des risques liés au blanchiment d’argent sale.

Sur son Aventin, la Banque centrale européenne considère, elle, le bitcoin comme une commodité et non comme une monnaie. 

Mais sachez que nos experts monétaires européens cogitent eux-aussi.

Rendre accessible aux citoyens la monnaie centrale sans passer par la BCE afin d’achever l’inclusion financière n’est plus totalement une idée saugrenue.

C’est l’un des scénarios : on zapperait les banques en enlevant un étage à notre monnaie commune. Stanislas Jourdan y croit. Il est 
directeur européen de Positive Money, une ONG basée à Londres et Bruxelles qui insiste pour remettre le système bancaire et financier au service d'une économie juste, démocratique et durable

 

Rendre l’euro exemplaire est plus pertinent que réformer le bitcoin ?

 

Oui et l’Euro aussi évolue, se réforme, s’ajuste aux nouvelles problématiques. C’est heureux car les européens restent attachés au cash, même si les cartes bancaires boostées par le paiement sans contact gagnent inexorablement des parts de marché. (Au passage, on pourrait commencer par remplacer nos portes et nos fenêtres dessinées sur nos billets mais c’est une autre histoire)

Quoi qu’il en soit, l’année 2018 sonnera la fin des billets de 500 euros. Une décision prise par la banque centrale européenne afin de lutter contre le crime organisé.

 

D’un point de vue plus politique cette fois, le débat sur l’euro va se poursuivre en 2018. La zone Euro est d’ailleurs au cœur des négociations en Allemagne entre une CDU conservatrice et le SPD plus favorable à l’idée macronienne d’un budget et d’une démocratisation de la zone euro.

 

Le sujet sera également sur la table lors de la campagne européenne de 2019 car la moitié des européens ne font pas confiance à la BCE.

 

Le journal Le Monde dans un éditorial listait récemment dans un éditorial la liste des griefs et les défis à surmonter. Ils sont considérables.

 

« L'Eurogroupe a ainsi présidé aux destinées de la Grèce pendant la crise de la dette, sans qu'à aucun -moment M.  Dijsselbloem n'aille s'expliquer devant la représentation nationale hellène. Au plus s'est-il soumis, et encore, souvent de mauvaise grâce, à des auditions devant le Parlement européen.

La France cherche à combler ce déficit démocratique en proposant la  création d'un Parlement européen de la zone euro. Mais l'idée n'a, à ce jour, aucun soutien à Bruxelles, tandis que celle d'un " super-ministre " des finances, qui présiderait l'Eurogroupe à plein-temps a du mal à convaincre. Les Allemands ne sont pas totalement contre, mais pas tout de suite. Les Néerlandais, les Luxembourgeois ou les Finlandais ne diraient pas non, mais à condition que ce super-ministre n'ait aucune marge de manouvre.

 

Quant au fonctionnement de l'Eurogroupe proprement dit, avant de réclamer plus de démocratie à Bruxelles, la France gagnerait à faire davantage vivre la sienne. Si Berlin et l'incontournable Wolfgang Schäuble ont autant pesé au sein de l'Eurogroupe, c'est en partie parce que le ministre des finances allemand a dû systématiquement défendre devant son Parlement national ses positions prises à Bruxelles. Idem pour son collègue néerlandais. Associer davantage les députés français aux débats européens ne serait pas un luxe pour convaincre que l'Eurogroupe doit être plus démocratique ».

 

C’est au prix de ces réformes que l’Euro restera à coup sûr plus solide que le Bitcoin aux yeux de nos concitoyens européens. 

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