L’édito d’Erwan Quinio – 17.12.20 – L’humour pour faire plier l’Europe

L'édito d'Erwan Quinio, fondateur de l'association pro-européenne Génération 112

L’édito d’Erwan Quinio – 17.12.20 – L’humour pour faire plier l’Europe

L'édito d'Erwan Quinio - 17.12.20 - L’humour pour faire plier l’Europe

Des crises de rire à répétition, voici mon souhait et mes vœux.

Les origines et les fonctions du rire engendrées par l'humour sont reconnues depuis l'Antiquité pour leur fonction cathartique. L’humour purge. L’humour libère. C’est Wikipédia qui le dit. Or il y a comme un hiatus dans nos rictus.
La comique française Anne Roumanoff s’en alarme sérieusement dans le JDD dimanche dernier. Elle cauchemarde du politiquement correct, des injonctions toujours plus palpables. En 1 : « Aucune plaisanterie tu ne feras, sur les Noirs, les juifs, les musulmans, les catholiques, les femmes, les handicapés, les homosexuels, sauf si tu appartiens à l’une de ces minorités »
Deuxièmement : « Des sujets sans danger tu choisiras, comme les relations de couple, les téléphones portables, le quinoa, les sites de rencontres, les toilettes sèches, ta belle-mère, le prix des loyers à Paris et Emmanuel Macron ». Tel est son désarroi.

Le Parisien aussi posait la question ce 17 décembre : « Peut-on encore rire de tout ? »

Effectivement. Et le fait même de poser la question en dit beaucoup sur l’état de notre société. Je suis de ceux qui restent franchement nostalgiques des « Guignols de l’info » sur Canal Plus. C’était un rendez-vous quotidien, en clair, un moment populaire. Vincent Bolloré nous en a privé. La France y a perdu son plus bel avatar de l’esprit canal, cet esprit irrévérencieux et excessif si français. L’humour est aussi une résistance. 

Oui, il faut rire. Rire en France, rire en Europe et au passage, rire de l’Europe. 

Oui, il n’y a rien de plus fatal que d’inspirer l’indifférence. Parler de l’Europe, c’est aussi savoir la porter en dérision, en ridicule. Avoir le recul nécessaire pour pouvoir s’en moquer et en filigrane se moquer de nous-mêmes. Canteloup s’y essaye de temps en temps mais trop peu et trop exclusivement sur le personnage Merkel. Lors d’un Conseil européen, Yann Barthès et son équipe du Petit Journal devenu « Le Quotidien » sur TMC s’y étaient tentés en s’arrêtant sur Jean-Claude Juncker en très grande forme et chargé d’accueillir ses hôtes de marque. Une joie communicative et nous avions bien ri.
Mais puisque nous sommes sur l’Euradio, ne boudons pas notre plaisir. La chronique de Stéphane Borgne est un bonheur radiophonique. Son humour pédagogique et militant -qui est à réécouter sur notre site internet- est une respiration bienvenue.  Il faudrait lui demander s’il est plus difficile de rire de l’Europe que d’autre chose tant l’Europe apparaît parfois complexe, aseptisée et labyrinthique.
Stéphane Borgne ne souffre pas de concurrence en tous les cas. Ni à la radio et encore moins à la télé. L’Europe médiatique s’est construite sur le plus petit dénominateur commun. Une tristesse. A l’instar d’Euronews qui après la première guerre du Golf devait, nous disait-t-on, concurrencer CNN. 24 ans après, 70 % des images utilisées dans les journaux télévisés ne sont pas produites par la chaîne. Pour ne créer ni débat, ni la moindre polémique, le choix fût fait de jouer à outrance la carte de l’assurance tout risque. La chaine s’est même longtemps targuée de se priver de tout présentateurs Tv.
L’émission No Comment présente des vidéos d'actualité sans montage et sans commentaires. Un succès certes lorsque les mots et les chaînes d’infos saturent l’espace. Mais l’Europe peut-elle toucher, enflammer, émouvoir ou même agacer en silence ?
L’Europe et à fortiori, l’Union européenne parce qu’elles sont des organismes vivants ont un besoin vital de parodie, d’ironie et de sarcasme.  Elles manquent de caricature, d’exagération. Alors faisons le rêve d’un humour bleu plus délicieux encore que l’humour noir. A l’heure du Brexit, nous exigeons pour l’Europe de l’humour anglais matin, midi et soir pour sa subtilité bienveillante.

Surtout que l’Europe a une riche pensée en la matière

« Le trait d'esprit et sa relation à l'inconscient », c’est déjà le titre d’un livre de Sigmud Freud de 1905 dans lequel il explique que « L'humour ne se résigne pas, il défie ». Mais moi je ne suis pas comme Coluche, je n’ai pas lu Freud.
Chez des auteurs du siècle des Lumières, Voltaire, Diderot ont su jouer habilement de cette carte maîtresse.
Pour Coluche : « L'humour a toujours été contre le pouvoir, quel que soit le régime.”
Pour l’anglais Charlie Chaplin : « L'humour renforce notre instinct de survie et sauvegarde notre santé d'esprit.”
Pour Cabu qui l’a payé de sa vie : « Il n'y a pas de limites à l'humour qui est au service de la liberté d'expression car, là où l'humour s'arrête, bien souvent, la place est laissée à la censure ou à l'autocensure.”
Alors puisque l’Union européenne ne souffre pas de censure mais d’un vide, que rire avant toutes ces considérations politiques fait assurément du bien au moral, appelons ensemble pour  « Des Guignols de l’info européenne ».
Après le « Marrakech du Rire », je veux voir « le Bruxelles du Rire » et mieux encore des écoles du rire dans toutes nos villes.
 Une série télévisée aussi. Quand House of Cardes et Designated Survivor éveillent le monde entier à la démocratie américaine, une série comique sur la politique européenne serait tellement bienvenue avant mai 2019. En attendant, encore merci à Stéphane Borgne pour ses sourires européens de 2017.

Erwan Quinio

Erwan Quinio

Erwan Quinio est le fondateur de l'association pro-européenne "Génération 112". De 2011 à 2014 il anime en partenariat avec Euradionantes l'émission « Est-Ouest, Balle au Centre », une émission bi-mensuelle qui revient sur un thème d’actualité grâce à des invités au cœur des grands débats de la société européenne.

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