L’édito d’Albrecht Sonntag – 17.12.7 – Petit à petit, la diplomatie du sport fait son nid

L’édito d’Albrecht Sonntag, professeur à l’ESSCA Ecole de Management. Albrecht nous revient inspiré d’un séminaire sur la diplomatie européenne du sport qui s’est tenu hier à Bruxelles.

L’édito d’Albrecht Sonntag – 17.12.7 – Petit à petit, la diplomatie du sport fait son nid

L'édito d'Albrecht Sonntag - 17.12.7 - Petit à petit, la diplomatie du sport fait son nid

Séminaire effectivement tout à fait riche et dense hier à la Commission. Souhaité par le Commissaire Tibor Navracsics et organisé par l’Unité Sport de la Direction Générale Education et Culture, cette réunion faisait suite à la mise en place d’un groupe de réflexion qui s’était penché sur la question de la diplomatie du sport en 2015-2016. Ce groupe d’experts, auquel j’avais l’honneur d’être convié à l’époque, a accouché d’un rapport de recommandations en juin 2016, et depuis, petit à petit, les idées de ce rapport font leur chemin. Il y a eu, en novembre 2016, des conclusions très explicites du conseil européen sur le rôle du sport dans les politiques européennes, suivi par un « Work Plan 2017-2020 » qui en fixe les priorités et trace un chemin.

Sans vouloir vous vexer, Albrecht, mais une « diplomatie européenne du sport » est-elle vraiment à l’ordre du jour ? Et en quoi consisterait-elle au fait ?

Je vous rassure : l’Europe n’a ni l’ambition ni la vocation de défier les Etats-nations sur leur terrain favori, celui des sentiments, des drapeaux et des équipes nationales ; ou celui de la performance sportive, des tableaux des médailles et de l’organisation de grands événements sportifs.

Il ne s’agit certainement pas de tenter d’instrumentaliser le sport, formidable vecteur identitaire, on le sait bien, pour créer des sentiments d’appartenance européenne.

Mais aujourd’hui que le Traité de Lisbonne donne une vraie compétence à l’Union européenne en matière sportive, la question se pose si et comment elle devrait s’en servir pour faire, simplement et sereinement, la promotion des valeurs que l’Europe souhaite incarner.

Soyons précis : de quelles valeurs parle-t-on ?

Quand le monde du sport regarde l’Europe et les Etats-membres qui la composent, il voit d’abord de la très haute performance sportive, mais il distingue bien derrière des valeurs comme la valorisation d’une société civile engagée, du bénévolat, de l’inclusion sociale par le sport sous de multiples formes.

Il voit aussi les efforts qui sont faits en matière de bonne gouvernance des instances sportives, d’égalité des sexes, de développement durable, de lutte contre les discriminations.

Et il voit que les organisations sportives évoluent dans un environnement démocratique, régi par la loi, dans le cadre des droits humains.

Ce n’est déjà pas mal comme valeurs partagées, non ?

Accepté. Mais dites-moi par quels moyens l’Europe s’apprête à promouvoir ces valeurs ?

L’Union européenne a un outil formidable, dans lequel le sport commence à prendre sa place. Il s’agit d’Erasmus+, tout simplement.

Pas la peine d’investir des sommes colossales dans de gros événements à impact éphémère. Les Etats-nations avides de redorer leur blason s’en chargeront eux-mêmes. Au contraire : il s’agit de soutenir des projets qui changent le monde sur le terrain. Des projets à vocation sociale, portés par des fédérations, des associations, des établissements d’enseignement, d’autres acteurs de la société civile, qui proposent de l’aide concrète à des groupes sociaux qui en ont besoin, et qui débouchent sur le « people-to-people dialogue », l’échange interculturel, la connaissance mutuelle des uns et des autres. Comme l’a fait Erasmus depuis trente ans, mais potentiellement accessibles à tellement plus de personnes !

Et pas restreints non plus aux 28 Etats-membres. Au contraire ! Le sport peut être un remarquable outil de promouvoir très naturellement les valeurs dont l’Europe se réclame dans les pays candidats, les pays voisins, les pays tiers dans des régions du monde qui en ont le plus besoin.

Beaucoup de bons exemples ont été fournis encore hier : former de jeunes coaches sportifs dans des pays qui n’ont pas les structures adéquates ; ramener des enfants déscolarisés à l’école par des activités sportives ; introduire le handisport là où il n’existe pas ; intégrer des réfugiés dans leur société d’accueil ; soutenir l’émergence de jeunes leaders pour les organisations sportives, ce qu’on appelle le « capacity-building ». Partout, cela fourmille d’idées.

On parle souvent de « soft power ». Mais à force d’être mis dans toutes les sauces, ce concept ne veut plus dire grand-chose. Pourquoi pas simplement dire « crédibilité, cohérence, et fiabilité » dans les actions vers l’extérieur ? On la traite souvent d’impuissante, l’Union européenne, mais ça, elle sait faire.

C’est petit à petit, patiemment, de manière modeste mais soutenue et cohérente, que la diplomatie sportive peut devenir un volet extrêmement positif dans la politique extérieure de l’Union européenne.

L’édito d’Albrecht Sonntag – 17.12.7 – Petit à petit, la diplomatie du sport fait son nid

Albrecht Sonntag, professeur à l’EU-Asia Institute de l’ESSCA Ecole de Management et membre d’Alliance Europa.

Albrecht Sonntag est professeur à l'EU-Asia Institute. Docteur en sociologie, il travaille sur les dimensions multiples du processus d’intégration européenne. Albrecht est également membre de l'Alliance Europa, consortium universitaire interdisciplinaire en Pays de la Loire.

Quelques liens :

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