L’édito d’Erwan Quinio – 06/12/2017

Retrouvez l'édito d'Erwan Quinio le mercredi à 09h28

L’édito d’Erwan Quinio – 06/12/2017

Europe is coming : Episode 8 «  OXFAM sème la zizanie en Europe : la société civile européenne à l’honneur »

Bonjour Simon,

Hier la Commission européenne a publié sa première liste rouge des paradis fiscaux. Un exercice de communication totalement perturbé par l’association OXFAM.

Oui, la société civile européenne existe et ce matin en parlant d’OXFAM, rendons-lui honneur. A Bruxelles, c’est dans l’ombre, que cette galaxie s’organise. ONG, groupes de réflexion, associations humanitaires, environnementales… Un monde divers et à part. Presque parallèle. Alors profitons-en et rentrons ensemble quelques instants dans leur quotidien. Quel est-il ? Ses artisans sont souvent jeunes, mal payés, et souvent faute de mieux stagiérisés à la chaine. Convaincus par ce qu’ils font, parce qu’ils défendent au plus profond d’eux-mêmes, ils savent que leurs revendications, leurs combats se jouent au niveau européen. Vaille que vaille, toutes ces associations agrègent les modestes forces disponibles. Loin du triangle institutionnel et du rond point Shuman, ils trouvent des locaux souvent minuscules. Pour se faire le plus largement connaître, ils  font des efforts herculéens et chronophages de traduction de leurs publications. Un vrai sacerdoce. Peu à peu, et couloir après couloir, ils apprennent à taper aux bonnes portes. S’orienter au niveau européen, cela s’apprend. Ils font le siège des bureaux en espérant un rendez-vous, une oreille attentive pour quelques secondes, quelques minutes, ce serait déjà un luxe. Enfin ils guetteront le moindre geste compréhensif, un email, une hypothétique réponse, un début de soutien. Et puis demain recommencer l’opération sans se décourager. Ils reviendront vers leurs adhérents qui méritent un compte rendu des activités. Et avant la fin de l’année, il faudra relancer les formulaires de subventions. La vie bruxelloise est une essoreuse pour le monde associatif. Alors pour créer l’événement  il faut trouver des trésors d’imagination. La communication en fait intégralement partie. C’est même un champ de bataille privilégié. Dans le cas d’OXFAM, si leurs porte-paroles n’ont pas été invités des 20h ou des matinales cette semaine, On n’a finalement parlé que d’eux. C’est donc un coup magistral.

Ces 5 derniers jours. Il est vrai que l’on a parlé d’eux. Il faut dire qu’OXFAM a eu le sens du timing, le sens de la communication.

On imagine la tête du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, celle de Pierre Moscovici, le commissaire français en charge des questions économiques quand 4 jours avant l’annonce européenne, OXFAM a publié sa propre liste des 39 paradis fiscaux mettant en lumière toutes les prévisibles insuffisances à venir de la liste européenne. Ils ont dû se tirer les cheveux à la commission européenne. A tel point que des rumeurs circulaient le matin même d’un éventuel report de leur annonce.

La liste finale de l’Union européenne est effectivement l’objet de critiques 

Avec 15 pays en tout et pour tout, le travail européen apparaît moins fiable, moins courageux et donc moins utile que celui de l’ONG.

Elle est à peu près le concentré de tout ce qu’il ne fallait pas faire. Le concentré de tous nos renoncements et de nos petites lâchetés.

Contrairement à la liste OXFAM, la liste européenne a de nombreux angles morts.

Premièrement. « Pourquoi a t-elle refusé d’élargir sa revue à certains de ses propres membres, pourtant connus pour leurs fiscalités particulièrement accommodantes (Irlande, Luxembourg, Malte, Pays-Bas) ? ». En utilisant nos propres critères, ils devaient en faire partie. Faites ce que je dis pas ce que je fais martèle OXFAM, à raison.

« Pourquoi les Etats-Unis, qui pourtant n’ont pas pris l’engagement de faire de l’échange automatique, n’y figurent pas ? Pourquoi l’Union a t-elle refusé de passer la Russie à la moulinette de ses critères ? » « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » disait La Fontaine. Deux poids, deux mesures dit OXFAM.

Les sanctions attachées à la liste européenne pose aussi question. Il n’y a pas de majorité parmi les Etats membres pour imposer aux pays et juridictions à l’index des sanctions « paneuropéennes » censées être appliquées avec la même fermeté par tous les Etats membres. « Tout au plus les paradis fiscaux identifiés par Bruxelles ne pourront plus bénéficier de l’argent européen. » apprend-ton en lisant Le Monde ce matin. Face à un bloc de pays dont la France, l’Allemagne et l’Italie, plaidant pour des sanctions dures (taxation des flux financiers entrants et sortants), d’autres comme le Royaume-Uni, Malte, le Luxembourg ou l’Irlande estiment que le seul fait de figurer sur la liste suffisait. Anecdotique. Du Vent et de l’esbroufe pour calmer les opinions publiques chauffées à blanc par la répétition des scandales hurle OXFAM.

On touche donc aux limites de l’opération européenne officielle.

Oui, toute évolution sur la fiscalité nécessitent l’unanimité des États-membres. OXFAM n’avait pas ces contraintes et a su viser juste.

Pour l’ONG, l’un des outils les plus performants serait d’imposer aux multinationales une sorte de déclaration fiscale européenne, puis de taxer les bénéfices pays par pays. Une méthode qui éviterait les transferts artificiels entre filiales d’un même groupe.

Ils ne lâcheront rien OXFAM et dans le débat à venir de 2019, il faudra compter sur eux, compter sur cette société civile européenne, sur ses talents en communication. En attendant, en 2017, ils ont remporté la bataille de l’opinion et mériterait je le crois haut la main le prix Charlemagne.

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