ICI D’AILLEURS (FRANCE)

Chaque mois, Euradionantes vous présente un label européen à l'antenne et sur le site internet. Gagnez des disques du label du mois de Decembre 2017 en envoyant un mail à musique(at)euradionantes.eu en indiquant "ICI D'AILLEURS".

ICI D’AILLEURS (FRANCE)

 

THE LABEL

Ici, d’ailleurs… est un label indépendant fondé par Stéphane Grégoire à Nancy, sur les cendres du label associatif Sine Terra Firma.

Sine Terra Firma sort les deux premiers albums de Yann Tiersen, La valse des monstres (1995) et Rue des Cascades (1996) et rencontre un succès grandissant. La dernière compilation du label associatif appelé Ici, d’ailleurs… (1996), devient le nom du label indépendant.

Ici, d’ailleurs… garde une ligne éditoriale éclectique, ne se conformant à aucun genre musical précis.

C’est la sortie du troisième album de Yann Tiersen, Le Phare (1998) qui permet au label de prendre réellement son envol. Grâce à son succès, le catalogue du label s’ouvre sur l’international en proposant à la fois des artistes français et étrangers, non reconnus ou en passe de l’être et dont les points communs sont la richesse et la pertinence de composition.

En 2002, le label crée 0101. Il s’agit d’une sous-division électronique. Elle permet de différiencer les artistes utilisant un processus de création tourné essentiellement vers l’électronique.

Deux ans plus tard, Ici, d’ailleurs… crée une collection nommée OuMuPo (acronyme de Ouvroir de Musique Potentiel). OuMuPo est le pendant du courant littéraire OuLiPo (Ouvroir de Littérature Potentiel) inventé dans les années 1960 par les surréalistes. Le label décline le principe d’art sous contrainte et demande à des artistes de remixer une partie du catalogue en respectant une charte pré-établie. Désireux de mélanger les genres et fanatique de L’OuBaPo (Ouvroir de Bande-dessinée potentiel), Ici d’ailleurs a demandé à JC Menu, membre fondateur et pilier de l’Association, éditeur de bandes dessinées indépendant, de participer à la collection en dirigeant la partie graphique du projet. Pour chaque nouvel opus, les oubapiens ont créé une bande dessinée inédite de 16 pages régies par de nouvelles contraintes faisant écho à celles établies par Ici d’ailleurs pour la partie musicale du projet. Actuellement, la collection comprend six albums.

Fin 2004, Stéphane Grégoire souhaite à la fois réinterpréter la musique du groupe Coil et leur rendre hommage. Le projet This Immortal Coil se construit peu à peu pendant cinq ans avec Yaël Naim, Bonnie Prince Billy, Yann Tiersen, Matt Elliott, DAAU, Chapelier Fou, Sylvain Chauveau, Christine Ott, Oktopus, Nightwood, David Donatien et Nicolas Jorio. L’album The Dark Age of Lovecomprenant onze réinterprétations du groupe Coil sort en novembe 2009. Ici, d’ailleurs… regroupe plusieurs secteurs d’activités : la production, qui reste sa fonction première, mais aussi l’édition, le booking (montage de tournée) et la VPC.

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THE ARTISTS / RECORDS

TRUPA TRUPA

INTERVIEW WITH TRUPA TRUPA :

 

Y avait-il vraiment effet de surprise quant à la découverte soudaine d’un groupe polonais capable de prendre d’entrée de jeu une place fort honorable sur la scène indé internationale ? Pas vraiment dans un sens, chacun étant capable d’envisager que l’accès rapide et mondialisé à tous types de sons soit désormais ouvert au moindre groupe de province d’un pays dit « de l’est ». Certes, le nécessaire (?) ressenti d’un air-du-temps-qui-va-bien et incluant fringues subtilement « revival », coupes de cheveux identifiables et attitude idoine donne toujours un petit cran d’avance aux produits industriels made in UK, ou aux migrants berlinois s’encanaillant une génération trop tard dans un ailleurs tout relatif à l’exotisme propret.

A l’instar de Berlin d’ailleurs, Gdansk eut, sous le nom de Dantzig et une guerre mondiale plus tôt, un statut particulier et un peu bâtard de « ville libre » contrôlée par la SDN (l’ONU avant l’heure), ajoutant à son état de ville portuaire et à son histoire déjà mouvementée une nouvelle raison d’être, plus que d’autres, tournée vers l’extérieur. On pourrait également rappeler que c’est de Gdansk aussi que venait le mouvement Solidarnosc, qui devait finalement contribuer à renverser tout le système « communiste » alors que Grzegorz Kwiatkowski et ses comparses n’étaient encore que des gamins.

De là à dire qu’un petit groupe de Gdansk peut renverser l’establishment du rock indé, soigneusement codé et trusté par un monde anglo-saxon tolérant à peine quelques incartades belges ou scandinaves, il y a un pas qu’on se gardera bien de franchir. Et de toute manière ce n’est manifestement pas le but de TRUPA TRUPA. D’ailleurs, avoir habilement intégré les influences de Pavement, de Slint ou des Black Angels aura certes permis au groupe de s’attirer l’attention et les éloges des plus érudits pour son album Headache, mais il leur reste à prouver qu’il s’agit là d’autre chose que d’un délicieux anachronisme, qu’on ne pardonnerait guère à une formation géographiquement plus proche.

On ne fera pas pour autant le coup du « défi du deuxième album » au sujet de Jolly New Songs qui est après tout le 4e long format du groupe polonais. On les attend quand même au tournant comme si c’était le cas : il va falloir autant guider l’auditeur dans des références établies ou nouvellement révélées, que le perdre dans une manière singulière et subtilement inédite de les distiller. Se renouveler, mais pas trop…

Chacun fera son propre chemin dans les labyrinthes de Jolly New Songs mais on conviendra déjà d’une part que TRUPA TRUPA y affirme une patte identifiable, grâce à un son en cohérence avec ce qu’on connaissait d’eux, et d’autre part que la palette des influences du quartet s’étend de manière cohérente et roborative, mais sans être trop prévisible.

On pourra ainsi trouver quelques références, fortuites ou volontaires, à des groupes pour le moins divers. Leave It All ressemble ainsi à une jam session déjantée entre le Soft Machine des origines et le Velvet Underground, tandis que Love Supreme doit bien plus à Spiritualized qu’à Coltrane. Et si à l’instar de Coffin ou To Me ces Jolly New Songs sont un peu plus pop que les titres du précédent album, c’est sans doute sous les auspices des Beatles (Only Good Weather)… Mais ce n’est pas suffisant pour expliquer ce cocktail bien à eux, tour à tour austère et séduisant, soufflant le chaud et le froid, insufflant du doute dans les certitudes de l’auditeur, ou le contraire d’ailleurs. Tant mieux.

 

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CHAPELIER FOU

Muance comme une contraction entre « Mue » / « Mutation » et « Nuance ». Un mélange de mots qui correspond parfaitement à cette idée de métamorphose qui hante depuis toujours la réflexion du musicien Chapelier Fou.

Depuis 2009, le multi instrumentiste originaire de Metz dévoile un univers fort et captivant, avec des compositions douces où les instruments se mélangent à des programmations électroniques. A une autre époque, on aurait dit tout simplement « electronica », pour qualifier cette rencontre de phrasés organiques et de rythmiques synthétiques, cette superposition d’atmosphères et de sentiments.

En presque dix ans, Chapelier Fou a imposé une signature singulière au fil de maxis et d’albums qui ont trouvé un bel écho auprès des médias comme du public : 613 (2010), Invisible (2012), Deltas (2014), Kalia (2016), ! (2017). Pour accompagner toutes ces productions, Chapelier Fou a fait plusieurs tournées dans le monde entier (Europe, Russie, Chine, Amérique du Nord).

De plus, la musique de Chapelier Fou a rencontré d’autres univers artistiques : l’audiovisuel, lors de la participation du musicien à la série Les Contes du Paris Perché ; l’art numérique, avec le projet interactif Les Métamorphoses de Mr. Kalia imaginé avec le collectif d’artistes Lab212 et présenté au Barbican Centre à Londres ; ou encore l’art contemporain avec une commande du Centre Pompidou Metz pour illustrer l’exposition Musicircus à travers six temps forts, installations, performances et lives. L’artiste bricoleur est également souvent amené à pratiquer des actions pédagogiques et culturelles. Comme le projet d’expérimentations et d’apprentissage Le Végétaphone, créé dans le cadre d’une résidence scolaire avec la salle de musiques actuelles L’Antipode à Rennes.

L’album précédent de Chapelier Fou, Deltas, a marqué un tournant dans son parcours artistique. Pour la première fois, il a travaillé avec d’autres musiciens – violoncelle, violon alto, clarinette, guitare – pour se produire en live. Cela lui a donné le goût du partage, des arrangements mis en commun, et lui a permis d’aborder son nouveau long-format, Muance, avec l’envie de compositions sans barrière, sans limite.

Muance a été réalisé sur un long-terme, près de trois ans, avec une session d’une semaine avec ses musiciens – violon alto, clarinette, guitare – captée dans un studio aménagé dans une maison au fin fond du Jura. Trois morceaux sont ressortis de cette session qui a amené à Chapelier Fou un grand bol d’air frais dans sa manière de faire de la musique. Pour les autres compositions de l’album, il s’est enfermé dans son home studio, en solo. Une situation qu’il aime évidemment particulièrement, face à ses machines et ses instruments, face à lui-même. Il affectionne ce travail d’expérimentation, de confection de musique sans savoir au départ ce qui va se produire, comment vont se développer les idées. Jusqu’à trouver une résonance entre les morceaux, un équilibre d’ensemble : l’album est né alors, prêt à affronter les oreilles du monde.

Pour ce nouveau long-format, Chapelier Fou joue d’une grande variété d’instruments (violon bien sûr, son instrument fétiche, mais aussi guitare, mandoline, bouzouki, synthés et orgue Farfisa). Ses compositions s’enrichissent aussi de samples qu’il puise dans des vieux vinyles de jazz bebop, de musique classique ou de musiques du monde. Cela apporte un dépaysement certain quand Chapelier Fou emprunte à ses vinyles des phrasés d’instruments éloignés : flûte péruvienne, bandoura et balalaïka. Avec ce dernier instrument, Louis Warynski (son vrai nom) évoque ainsi ses racines ukrainiennes.

Pour porter l’album, le morceau « Philémon » fait office de premier single : en plus de ses qualités mélodiques et son motif central addictif, il incarne parfaitement la teneur générale du disque. On peut d’ailleurs d’ores et déjà affirmer que nous tenons là un des futurs classiques de Chapelier Fou. Ce ne sera pas le seul ! On projette un avenir similaire aux titres « Oracle », « Artifices », « Stiiitches » en encore « Temps utile ». Ainsi, Muance n’est pas simplement une proposition musicale, c’est un album contemporain et accessible, bien dans son époque. Un album où les gimmicks entêtants s’entremêlent aux harmonies célestes.

Tout au long de Muance, un motif mélodique de quelques notes réunit et unifie l’ensemble des morceaux. Comme l’idée d’un personnage récurrent qui se ballade de composition en composition. Comme un jeu de piste, entre les pistes qui procure un véritable plaisir ludique. Clins d’œil et motifs récurrents sont autant d’éléments que l’auditeur est invité à découvrir et à se réapproprier selon son propre imaginaire. Une démarche inclusive qui atteste de la profonde bienveillance que l’artiste porte à son public.

Pour donner de l’air et l’ampleur à ses compositions, Chapelier Fou a fait appel à Chab pour le mastering de l’album. Celui-ci est un spécialiste courtisé, qui a travaillé sur le dernier album de Daft Punk comme sur des disques de La Femme, Sébastien Tellier, Air, Benjamin Clementine et Flavien Berger, entre autres. Chab apporte son savoir-faire à cet album dans lequel Chapelier Fou revendique en même temps une douce sensibilité, un psychédélisme un peu plus assumé et aussi des notions d’humour et de légèreté. Avec toujours cette envie de faire se rencontrer des phrasés organiques et des textures synthétiques. Une signature qui fait la force de sa musique.

More infos : https://www.facebook.com/chapelierfou/

ORCHARD

Ce n’était qu’une question de temps avant que Stéphane Grégoire – directeur artistique du label – ne soit repris de cette envie qu’on lui connait désormais bien de provoquer des rencontres improbables entre des artistes qui lui tiennent à cœur. Cette nouvelle proposition répond au nom de Orchard et succède à This Immortal Coil et Numbers Not Names. Ces projets à part dans le catalogue, que l’on pourrait aussi bien qualifier de paris, ont un objectif simple : donner vie à une intuition.

Le challenge, cette fois, était de réunir quatre personnalités issues de milieux musicaux différents ne se connaissant ni humainement ni musicalement, n’ayant comme point commun que leur capacité à étendre le registre de leur instruments par la maîtrise des effets électroniques. Réunis pour la première fois dans un studio avec comme seule direction une liste de termes simples pour évoquer le paysage musical que je m’attendais à voir surgir en les réunissant.

Très vite les choses s’organisent et fin octobre 2016, les quatre musiciens en question – Aidan Baker (Nadja), Gaspar Claus (Pedro Soler, Angélique Ionatos…), Franck Laurino (Zëro) et Maxime Tisserand (Chapelier Fou) – se rencontrent pour la première fois. Un choix surprenant sur le papier, mais qui dans l’esprit de Stéphane Grégoire s’impose très vite :

J’ai eu la chance de pouvoir rentrer en contact avec Aidan Baker il y a deux ans lorsque je lançais la collection Mind Travels Series. J’écoutais beaucoup son travail et notamment le magnifique et hypnotique The Sea Swells A Bit que nous avons réédité depuis. Sa maîtrise du son et des effets qu’il génère avec sa guitare mais aussi le nombre incroyable de participations à des projets variés montre sa capacité d’ouverture et l’empreinte personnelle qu’il peut ajouter à chaque collaboration.

Je venais aussi de rencontrer Gaspar Claus et cela faisait longtemps que je voulais travailler avec lui, j’avais cette certitude d’avoir un musicien hors-norme, protéiforme, tentaculaire et spectaculaire, ce qui m’a été confirmé lorsque nous avons travaillé sur l’album d’Angélique Ionatos.

Se pose alors la question de la rupture de ton. Les approches d’Aidan et de Gaspar, finalement assez complémentaires, se devaient d’entrer en collision – puis en osmose – avec des forces d’une autre nature, moins abstraites mais exploitées de telles manières à dévoiler leurs intentions progressivement :

Le duo Aidan/Gaspar s’est vite imposé mais la formule ne me semblait pas suffisante ainsi, je commençais à avoir en tête une idée de l’espace et de l’ouverture musicale que je voulais entendre, un paysage donné et une manière de vivre cette musique comme je vis l’instant lorsque je me trouve dans mon verger, isolé entre bois et champs de vaches où chaque instant sous une apparente immobilité apporte une richesse constante de variations subtiles, excitant les sens et l’imaginaire. Le rythme me semblait nécessaire, car le silence dans la nature n’est pas et les rythmes sont multiples et constants.

J’ai donc demandé à Franck Laurino de venir. Au travers de Zëro et Bästard, Franck est une force tranquille comme seul un arbre sait l’être. Solidement présent, surprenant de variations mais un pilier indéfectible pour tout instrument s’envolant autour. C’était pour moi, le point le plus sensible, poser un batteur fort comme un bucheron au milieu « des bois ».

Enfin, l’idée de demander à Maxime Tisserand est venue d’elle-même, comme un complément logique, la dernière pièce importante d’un puzzle que l’on visualise immédiatement dans les derniers choix possibles. La clarinette est un « lead » magnifiant la nature, sensible, léger mais forte comme le vent.

L’enregistrement se déroule dans les locaux de L’Autre Canal à Nancy. Les sessions sont intensives, créant un cadre de travail extrêmement particulier dans lequel les musiciens sont confinés. De ce climat nait spontanément une forte cohésion qui amène le groupe à produire une vraie rupture avec son environnement, s’affranchissant sans mal des murs hermétiques des studios pour imaginer une musique organique à l’image des photographies de Francis Meslet qui illustrent la pochette.

Au bout de 10 minutes d’improvisation je savais que le pari était réussi, j’avais les yeux fermés et j’entendais une musique libre et concertée, un dialogue qui coule de source, une combinaison d’éléments naturels comme la nature sait si bien ordonner. En trois jours à peine, prés de quatre heures de musique ont été enregistrées.

Les prises sont ensuite collectivement et soigneusement écoutées, découpées, arrangées et enfin mixées pour aboutir à un album en 5 actes divisés en 11 pistes.

Dés le début j’avais cette sécurité d’avoir à mes côtés le cinquième élément indispensable à la finalisation d’un tel projet; David Chalmin, talentueux ingénieur son et musicien, sans qui nous n’aurions pu orchestrer et ordonner les chapitres importants de cette histoire.
Le groupe a naturellement voulu s’appeler Orchard et j’ai pu ainsi nommer les titres retenus avec une totale évidence.

Il ne reste plus qu’à trouver un nom à l’ensemble. Ce sera Serendipity, qui confirme l’idée que réunir divers talents au sein d’une même pièce ne pouvait qu’aboutir – aux détriments des incertitudes – à la découverte d’une entité surprenante, hors-norme. Et si l’on devait la définir en quelques mots, ce serait les suivants :

Orchard est une invitation au voyage immobile, au ralentissement et à considérer le temps autrement, s’affranchir des étiquettes musicales comme a pu le faire Tortoise en son temps, un rock ambient qui aurait intégré toute la notion de liberté du jazz.

More infos : https://www.facebook.com/OrchardTB/

MENDELSON

Les titres des chansons en disent déjà beaucoup : Le Soulèvement, La Panique, La Décence. Et les bribes de couplets retenues lors d’une première écoute confirment ce que l’on pouvait déjà pressentir. Oui, nous sommes en plein dans l’époque ; c’est bien l’effarant « Aujourd’hui » aux portes de sorties solidementmurées qui est décrit sans complaisance dans le nouveau et sixième enregistrement de Mendelson. On y écoute Pascal Bouaziz, porte-voix sensible, asséner « les supermarchés sont les nouvelles cathédrales » (Le Capitalisme), raconter qu’il y a « la guerre dans le monde entier » (La Guerre), et que « la croissance touche le fond » (La Panique). L’album s’appelle Sciences Politiques, il parle aussi des « frontistes moisis gras », de « dépenses somptuaires aux dépens des classes populaires », de « deux amoureux qui se shootent dans un parking », de réfugiés, de CRS, de camps, de vétérans de guerres récentes, d’« usines militaires »…

Les musiques jouées par le groupe (Pascal Bouaziz, guitariste et chanteur, Pierre-Yves Louis, bassiste et guitariste, Charlie O., pianiste et organiste, Jean-Michel Pires et Sylvain Joasson, batteurs, Quentin Rollet, saxophoniste) ne trahissent rien : elles sont, elles aussi, conscientes de la lourdeur et de la noirceur du temps. Elles sont heurtées, prenantes, délivrées avec l’honnêteté et l’urgence de l’enregistrement « live en studio » (à Canal 93, à Bobigny en Seine-St-Denis). Sciences Politiques, un titre emprunté au narquois Randy Newman, est un plongeon dans le réel comme il devrait y en avoir beaucoup d’autres mais la plupart des chanteurs, dits actuels, perdus dans leurs « ritournelles », préfèrent regarder ailleurs, évoquer des choses plus distrayantes ou se complaire dans leurs petits malheurs domestiques. C’est un disque de « chansons politiques » comme le définit Bouaziz (« ce qui n’a rien à voir avec l’idée de « chanson engagée », trop bête, trop limitée, trop restrictive dans la durée », rappelle-t-il), un album qui appuie sur les points douloureux, qui émeut mais n’aplatit pas, un album qui élève… Un album d’actualité totale, dans notre France de ce printemps d’élections de 2017.

Et pourtant ! Son contenu vient d’ailleurs, de très loin bien souvent, d’autres décennies, d’autres contextes, d’autres personnes… Le Soulèvement, par exemple, c’est The Ghost of Tom Joad de Bruce Springsteen adapté, ce qui ne veut pas dire traduit naïvement ou scolairement, mais toujours avec le plus grand des respects ; chanson à l’origine qui regardait déjà l’immigration mexicaine des années 90 depuis Les Raisins de la Colère de 1940, que Bouaziz ici re- branche sur les camps de Roms et de réfugiés dans l’Europe contemporaine. La Nausée, c’est Youth Against Fascism des Sonic Youth puissament réactualisé avec une minutieuse fidélité à l’intention sinon au texte d’origine ; La Décence, c’est What Are Their Names de David Crosby… Il y a ainsi une douzaine de chansons signées au départ par The Stooges, Leonard Cohen, The Jam, The Pop Group, Lou Reed, Robert Wyatt et d’autres, toutes mises à jour en lucide Version Française par Mendelson.

L’envie de faire un album de « reprises » (puisqu’il faut bien donner une étiquette) n’est pas nouvelle pour Pascal Bouaziz, insatiable passionné de textes et de musiques ayant du sens. Les chansons écrites par d’autres qui le touchent le plus «sont celles qui font ressortir un contexte social ou politique et qui vous bouleversent parce qu’à un moment donné elles s’arrêtent sur un petit détail qui fait mouche, sur une description très précise qui résume tout… »

Un contexte social qui a d’ailleurs toujours été omniprésent chez Mendelson, de façon évidente sur Quelque part (2000) ou plus récemment sur ce 5e album (2013) qui racontait l’ « Échelle Sociale », les «Villes Nouvelles », et « la Force Quotidienne du Mal ». Mais bien présent aussi dans chaque album du groupe, ces descriptions de paysages urbains laissés à l’abandon, ces histoires de personnages écrasés par des situations impossibles à combattre, ces musiques en colère… Sur Sciences Politiques, l’aspect social et politique est plus affirmé encore, puisque les chansons qui y figurent sont toutes à leur manière des protest-songs… Certaines ont été composées il y trente ou quarante ans, d’autres sont plus récentes, mais elles décrivent toutes avec exactitude et de manière éclatante l’effrayante pesanteur du monde de 2017. De la 1ere ligne « j’ai vu des gens crever, des meurtres dans des ruines », à la dernière « un peu de décence pourrait faire du bien », Mendelson nous offre avec Sciences Politiques un album en prise directe avec le siècle ; Un album chronique de notre mal du siècle, un album symptôme de notre mal avec le siècle, « un album du siècle ».

Eric Tandy

More infos : http://mendelson.fr/

LES MARQUISES

Il ne fait plus aucun doute, à l’heure de la sortie de son troisième album, A Night Full Of Collapses, que Les Marquises est un projet tout à fait remarquable. À sa tête, Jean-Sébastien Nouveau, auteur-compositeur brillant, qui comme à son habitude s’est entouré de nombreux musiciens pour donner vie à ce nouvel opus. Et une fois encore, le casting, bien que sensiblement remanié, est parfaitement séduisant. Les nouveaux venus – Matt Elliott (The Third Eye Foundation – chant), Agathe Max (Ofield, Farewell Poetry – violon), Olivier Mellano (guitare), Christian Quermalet (The Married Monk – piano), Jeff Hallam (Dominique A – contrebasse), Louis Montmasson (marimba) et François Clos (claviers) – rejoignent ainsi Jonathan Grancollot (Pan Pan Pan – batterie, percussions), Souleymane Felicioli (trompette), Julien Nouveau (violoncelle), Martin Duru (Immune – claviers, arrangements) et bien évidemment Jean-Sébastien Nouveau (chant, claviers, guitare, percussions, boîte à rythmes), qui en plus de signer tous les textes et musiques, assume avec justesse son rôle de chef d’orchestre.

On avait ainsi laissé Les Marquises avec le surprenant Pensée Magique paru en 2013, un album orienté pop expérimentale inspiré par le cinéma de Werner Herzog, Peter Brook et Jean Rouch. On retrouve aujourd’hui Jean-Sébastien avec A Night Full Of Collapses qui comme son titre l’indique est un disque éminemment nocturne. D’atmosphères cinématographiques il est toujours question, mais les références sus-citées laissent ici la place à l’œuvre de David Lynch. On pense ainsi parfois aux compositions de Badalamenti pour Twin Peaks, ou, dans un registre plus récent, au darkjazz de Dale Cooper Quartet and The Dictaphones et les premiers disques de Bohren & Der Club of Gore. Et puisque l’on parle ici d’ambiances inquiétantes et décalées, impossible de ne pas voir flotter ici et là les spectres de Talk Talk et surtout de Psychic TV.

Mais comme toujours avec Les Marquises, ce ne sont que des premières impressions. Et si les influences et inspirations pourront sembler limpides de prime abord, on constatera assez vite qu’elles ne constituent qu’une trame de fond, un simple background qui n’a pour autre but que de situer une action, un contexte. Comme le cinéma qui l’inspire tant, Jean-Sébastien se montre cryptique dans sa démarche et ne souhaite pas étaler clairement ses intentions à l’auditeur. Il cherche au contraire à le déstabiliser sans pour autant jamais l’agresser, l’incite à se perdre dans son univers nocturne, onirique, tantôt paisible, tantôt instable. Tant et si bien que chaque écoute se révèle différente de la précédente, dévoile de nouveaux indices, suppose de nouvelles interprétations. De son titre jusque dans sa pochette (« Hourvari, la charivari des sentiments » par Eric Giraudet de Boudemange), A Night Full Of Collapses cultive une aura mystérieuse, propice à l’errance et à la réflexion.

Pensée Magique était une œuvre concise et foisonnante, étouffante diront certains. A Night Full Of Collapses a ceci de plus posée qu’elle laisse un peu de côté les fulgurances pop, pour adopter un cadre nettement plus jazzy duquel transparait toute la bienveillance de son auteur. Une manière de créer un lien avec son auditoire, mais aussi de mieux le surprendre au moment où il s’y attend le moins. Tout en marquant une certaine rupture avec ses précédents travaux, on retrouve dans ce troisième album tous les éléments qui font le charme des Marquises, en premier lieu cette capacité à produire une musique hypnotique (« Following Strangers », « Feu Pâle ») et des mélodies d’une beauté discrète (« The Beguiled », « The Passing »). Mais surtout, on retrouve cette volonté de brouiller les codes des musiques dites actuelles (« Vallées Closes », « Des Nuits »). Et si A Night Full Of Collapses est issu de l’imaginaire de Jean-Sébastien, c’est bien celui des auditeurs qui sera mis à contribution, avec pour point de départ leur propre réalité.

En outre, voici un disque destiné à tous ceux qui aiment à perdre la notion du temps, à se laisser aller à leurs déambulations nocturnes pour se réfugier dans un univers abstrait emprunt de mélancolie pour laisser libre cours à leurs pensées profondes.

Jean-Sébastien présentera son nouvel album sur scène début 2017 dans un formule à quatre. Il sera ainsi accompagné par son frère Julien ainsi que par Martin Duru et Rémy Kaprielan.

More infos : https://www.facebook.com/LesMarquisesBand/

WINTER FAMILY

Winter Family est un duo composé de Ruth Rosenthal et Xavier Klaine. Ils se sont rencontrés à Jaffa en 2004. Leur musique sombre, saturée et dense est qualifiée de « death swing », «weird wave » ou « funeral pop».

Leur premier album éponyme (Sub Rosa – 2007) proposait une musique minimale jouée par Xavier aux grandes orgues, aux harmoniums, au piano et un strict spokenword psalmodié par Ruth.

Leur deuxième album, Red Sugar (Sub Rosa – Ici d’ailleurs – Alt. vinyl – 2011) a été vivement salué par la critique (The Village Voice, Libération, Haaretz, Pitchfork). Enregistré dans une église en Lorraine et une ferme sarthoise où ils ont résidé pendant 2 ans, cet album est plus dense et politique, les field recordings enregistrés à Jérusalem y sont très présents.

Winter Family composent alors des BO pour la danse, le cinéma, la publicité (Chanel, UE), collaborant avec un grand nombre d’artistes. Ils deviennent artistes associés au 104 à Paris. Après avoir tourné à travers le monde leur pièce de théâtre documentaire Jerusalem Plomb Durci –Voyage halluciné dans une dictature émotionnelle, ils s’installent à Flatbush – Brooklyn.

Submergés par l’énergie massive de la culture caribéenne de leur quartier, ils débutent alors l’écriture de leur nouvel album. Les block parties, les parades communautaires et les survols des hélicoptères sont quotidiens. Autant de sons qu’ils captent pour leur travail de théâtre documentaire et que l’on retrouvera parfois dans ce nouvel album.

La mafia lotharingienne leur prête un van, ils deviennent déménageurs, sillonnant la région de New-York sans savoir parfois ce qu’ils transportent. Ces expériences influencent l’écriture de leur album qu’ils décident d’appeler South From Here.

Fin 2012, l’ouragan Sandy frappe leur quartier et noie tout leur matériel. Ils achètent une vieille boîte à rythme et un vieux synthé et découvrent des sons qui feront la couleur définitive de South From Here.

De retour à Paris en 2014 afin de jouer leur nouvelle performance de théâtre documentaire nihiliste No World / FPLL produite par le Théâtre Vidy Lausanne, ils commencent à mixer South From Here dans une cave à Jaurès, s’inspirant du son de l’orchestre de Pierre Carré et des reverbs des forains de la Foire du Trône.

Ils enregistrent de nouvelles parties de l’album en tournée : dans la Villa Guggenheim à Kobe au Japon ou lors de sessions nocturnes d’orgues, de voix et d’absinthe dans le Temple Allemand de La Chaux-de-Fonds en Suisse. Pour d’obscures raisons, ils décident alors de s’installer en face du Banana Beach à Tel Aviv. Ruth y enregistre les textes de l’album qui tentent de traduire l’aveuglement dans lequel s’enfonce définitivement la société israélienne.

Ils publient le livre-cd No World avec l’artiste Yochai Matos, sortent une cassette sur le micro label Psychic Mule (US) et achèvent South From Here chez Yehuda le charpentier enregistrant des arrangements sirupeux inspirés des mariages locaux.

Le résultat de ce long processus calypso et douloureux est un mélange de pessimisme et d’acceptation qu’ils résument par ces mots : «Life is Beautiful»

Dans South From Here, Ruth joue des machines, de la batterie, de la boîte à rythme et chante. Xavier joue des vieux orgues, du synthé, du célesta et du piano.

Quelques amis et leur fille les rejoignent ici et là : Ben Mc Connell (batterie), Fabien Lehalle (basse), Victor Gachet (caisse claire), Saralei Klaine (jeux vidéo et choeurs) ainsi que les voix des acteurs de La Mouette de Chekhov par Arthur Nauzyciel (Adèle Haenel, Dominique Reymond, Laurent Poitrenaux, Marie-Sophie Ferdane, etc.).

Winter Family créent actuellement en Palestine Hebron, leur troisième spectacle de théâtre documentaire puis ils rentrent à Paris.

More infos : https://www.facebook.com/WinterFamilyPage/

GABLE

GaBLé est de retour, et le joyeux bordel qui accompagne le groupe ne laissera personne indifférent. Le disque n’est même lancé qu’on hallucine déjà à la vue de cette pochette, une peinture d’Angela Dalinger aussi improbable que le tandem nuque longue & moustache qu’arbore cet éphèbe italo-biéro-whisko-peau d’oursophile, sexy en diable tout autant que dérangeant. Un premier contact frontal, en rupture totale avec son environnement, presque fascinant. Un parfait résumé de ce nouvel opus totalement analo-pop, absolument déglingué, à l’énergie live en phase avec les performances scéniques du trio.

JoLLy TrouBLe, à peu de choses près « un beau bordel », dépasse le côté collage, bricolage ou de rock foutraque dont GaBLé s’est vu affublé ces dernières années. Trois ans après, MuRDeD, Gaëlle, Mathieu et Thomas reviennent avec une volonté de livrer une musique superbement pensée, composée, produite et interprétée. Une musique à l’identité forte, reconnaissable au premier coup d’oreille, mais dont la grande qualité est de prendre systématiquement l’auditeur à revers. Une musique inventive et personnelle donc, que seuls les groupes de la trempe de Gablé peuvent produire. Les GaBLé ont aussi l’avantage de savoir se mettre en danger. Egalement celui de bien s’entourer, car c’est plus d’une dizaine d’amis – musiciens, choristes, techniciens – qui s’invitent sur le disque pour échanger, discuter, donner des idées. JoLLy TRouBLe a la saveur de ces œuvres chargées d’humilité tout en étant complexes et ambitieuses.

Rock, folk, chanson, jazz, et bien sûr musique électronique glitchée ou analogique, voire expérimentale, JoLLy TRouBLe est tout cela à la fois… Bien sûr, ne faisons pas l’impasse sur l’ajout du terme OVNI lorsque l’on évoque GaBLé, dans sa façon de composer autant que d’interpréter ces œuvres disparates mais tellement cohérentes. Treize pistes sur lesquelles les arrangements subtils (clarinette, saxophone, flûte, marimba, trompette, machines et synthétiseurs, choeurs en tous genres) mettent pourtant en valeur le côté immédiat du combo, qui assume ici pleinement ses capacités vocales.

Aussi à l’aise dans une pop ensoleillée et bienveillante (« On Purpose » et le premier single « Tropicool »), dans ses fulgurances noise (« How Long »), montées en puissance psychées (« Porti »), riffing punk (« Marvoof ») ou fausses balades hallucinées mais malgré tout hyper touchantes (« Youngsters », « Thinging »), c’est un GaBLé en très très grande forme qui revient au printemps 2016.

Oui, JoLLy TRouBLe est un vrai beau bordel, un vrai beau disque fait par un vrai beau groupe, sublimé par une vraie belle bande d’amis. Un disque comme on en entend trop peu.

More infos : https://www.facebook.com/gableboulga/

MATT ELLIOTT

MATT ELLIOTT IN LIVE SESSION AT EURADIONANTES :

A l’heure où nous venons de fêter les 20 ans de Semtex de The Third Eye Foundation, son auteur, Matt Elliott, est de retour avec son septième album sous son propre nom, le bien nommé The Calm Before.

Sous l’oreille attentive du producteur David Chalmin (Angélique Ionatos, Gaspar Claus & Pedro Soler, Shannon Wright) comme sur son précédent opus, l’intimiste Only Myocardial Infarction Can Break Your Heart, et toujours accompagné de Jeff Hallam (Dominique A) à la contrebasse et Raphaël Séguinier (Hindi Zahra, Emilie Simon) à la batterie, Matt nous propose ici en 43 minutes cinq nouveaux titres. L’ensemble révèle un travail minutieux tant sur la composition que sur les textes. Bien sûr, on retrouve la virtuosité de son jeu de guitare folk influencé par les musiques des pays méditerranéens ou d’Europe de l’est et des morceaux commençant de manière intime et finissant en ouragans noise. Mais ici, c’est bien la justesse de l’ensemble qui marque de l’auditeur de plus en plus profondément à mesure que les écoutes s’enchaînent.

Car The Calm Before est son disque le plus minimaliste, assurément. C’est aussi le plus élégant dans ses arrangements. En résulte une atmosphère pesante et viscérale, mais aussi étrangement familière et rassurante. Cela tient aussi beaucoup à la voix de Matt, qui n’a jamais aussi bien chanté. Il faut également comprendre que l’art de Matt repose sur une poésie très personnelle, particulièrement remarquable pour un artiste venant des musiques électroniques, sachant questionner son parcours de façon systématique. Son écriture est cryptique et laisse l’opportunité à chacun de s’approprier ses textes comme il l’entend. Mais quelques thématiques ressortent néanmoins:

« The Calm Before » est une référence évidente à l’expression le calme avant la tempête. Le morceau évoque ces moments où la vie est bouleversée – par une simple rencontre où un événement inattendu – et les incertitudes et la peur de l’inconnu que cela implique. Mais l’orage apporte aussi un renouveau, un départ inattendu.

« The Feast of St. Stephen » est un purgatoire personnel des réminiscences d’une enfance marquée par un climat religieux étouffant et de la pression psychologique qui en découle auxquels il a dû faire face, et qu’il considère induits dans tout groupe et organisation sociale axée autour d’une religion.

« I Only Wanted to Give You Everything » propose le texte le plus explicite du disque, le plus succinct également. Quelques lignes suffisent ici à Matt pour décrire le décalage qu’il existe entre les gens, même les plus supposément proches.

« Wings & Crown » est un morceau sur « la fragilité du pouvoir, et de la possible brièveté de ceux qui le détiennent.». Est-il utile de préciser que ce sujet pourrait aussi définir un artiste à l’égo démesuré ? Comme c’est souvent le cas, gardons tous à l’esprit que ce morceau est probablement à propos de Matt lui-même…

Et il termine à propos de « The Allegory of the Cave » : « une référence ouverte à la fameuse allégorie de Platon. Et si vous n’en n’avez jamais entendu parler, vous devriez peut-être partir marcher dans le désert… ». Cette métaphore s’applique ici à l’Homme, à sa place dans l’Univers, et ce qui pourrait exister après la mort.

On l’aura compris, Matt livre avec The Calm Before un disque pessimiste mais empli d’une réflexion résolument humaniste. Une pierre angulaire dans les chemins de traverse de la folk music contemporaine qu’empruntent l’artiste ? L’avenir nous le dira.

More infos : https://www.facebook.com/mattelliottthirdeyefoundation/

MICHEL CLOUP DUO

Deux ans après Minuit dans tes bras Michel Cloup nous livre un nouveau pan de son histoire, cette fois en duo avec le batteur Julien Rufié. Onze morceaux réunis sous le titre Ici et là-bas, qui laisse peu de place au doute quant à la thématique de l’album.

« J’ai fait deux séjours à Rome en 2012 à l’occasion d’une résidence et d’un concert à la Villa Medicis. C’était un an et demi après le décès de ma mère, qui était italienne. J’étais encore en plein deuil et j’ai été assez bouleversé. Une multitude de souvenirs est remon- tée à la surface à un moment où j’avais perdu pas mal de repères. Je n’avais pas encore terminé l’écriture de « Minuit dans tes bras » mais je savais que j’avais déjà un point de départ pour celui d’après. »

Dès les premières secondes, on entend ces mots : « Qui je suis, d’où je viens », et un peu plus loin « Où je vais » qui sont les pièces maîtresses du puzzle, une sorte de fil rouge. Tout au long de l’album, Michel explore de multiples pistes relatives à sa propre histoire pour en tirer, comme à son habitude, un discours universel et ici, plus que jamais, au cœur de l’actualité.

« J’ai réalisé que ce que je traversais, cette prise de conscience tardive de ma double origine, ainsi que mon ressenti à ce moment-là, résonnaient avec certains évènements, avec l’époque. J’ai alors décidé de raconter mon cheminement avec en parallèle un constat plus global, en essayant de lier l’intime et le politique. L’ensemble est un scénario fragmenté.»

Les compositions sont limpides, sans fioritures, bien que plus arrangées et moins minimalistes que sur les deux précédents albums. L’ensemble sonne aussi plus rock et direct, notamment grâce au jeu de Julien Rufié (Eryn Non Dae.). Les morceaux sont relativement courts, à l’exception des deux dernières plages (8 et 14 minutes) sur lesquelles on découvre un des textes les plus touchants de Michel.

« J’ai eu envie de casser l’aspect monolithique des deux premiers albums en duo pour aller vers quelque chose de plus éclaté, de plus varié. Le fait de travailler avec Julien a amené un nouveau souffle, une nouvelle énergie et des tempos plus rapides. « Ici et là- bas » est un peu ma carte d’identité musicale, en tout cas il reflète presque toutes mes obsessions : rock, chanson, spoken-word, groove, expérimentations, psychédélisme, puissance ou douceur. J’avais envie qu’il soit débridé, décloisonné, dans l’esprit de « Check your head » des Beastie Boys ou de « Bubble and scrape » de Sebadoh. J’avais aussi envie d’un peu plus chanter et d’un peu moins parler.

Après l’avoir écouté dès la sortie du studio, un ami m’a dit avoir eu l’image d’un rocher massif, bien planté dans le sable, au milieu d’un océan tour à tour déchaîné et apaisé. »

Ici et là-bas est un album dense, riche et intense en phase avec les questionnements de son temps.

More infos : https://www.facebook.com/michelcloupmc/

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