L’édito d’Albrecht Sonntag – 2017.23.11 – Négociations pour une coalition gouvernementale en Allemagne : « si l’on en croit les chaines d’infos c’est un véritable cataclysme »

L’édito d’Albrecht Sonntag – 2017.23.11 – Négociations pour une coalition gouvernementale en Allemagne : « si l’on en croit les chaines d’infos c’est un véritable cataclysme »

L'édito d'Albrecht Sonntag - 2017.23.11 - Négociations pour une coalition gouvernementale en Allemagne : "si l'on en croit les chaines d'infos c'est un véritable cataclysme"

L’édito d’Albrecht Sonntag – 2017.23.11 – Négociations pour une coalition gouvernementale en Allemagne : « si l’on en croit les chaines d’infos c’est un véritable cataclysme »

On se calme !

La chronique d’Albrecht Sonntag, professeur à l’ESSCA Ecole de Management. Cette semaine, Albrecht se pose des questions sur les réactions suscitées en France et en Europe par l’abandon des négociations pour une coalition gouvernementale en Allemagne.

Oui, si l’on en croit les chaînes d’info continue ou les réseaux sociaux, c’est un véritable cataclysme !

Les uns y voient le crépuscule du règne d’Angela Merkel et s’en délectent ; les autres craignent le pire pour une Europe sans leadership. Certains se lamentent des conséquences néfastes qu’aurait cet incident sur les relations franco-allemandes, alors que d’autres, notamment au Royaume-Uni, rêvent tout haut que le prétendu affaiblissement de la chancelière améliorerait la position britannique dans les négociations sur le Brexit.

J’ai envie de dire : « Mais on se calme ! »

On sent un léger agacement ! Qu’est-ce qui vous déplaît donc autant dans la manière dont les médias ont traité cet arrêt inattendu dans le processus de formation du prochain gouvernement allemand ?

Déjà, l’affirmation, entendue et lue à plusieurs reprises comme quoi l’Allemagne serait désormais prise dans une crise constitutionnelle.

C’est grossièrement exagéré. Elle possède un gouvernement expérimenté, qui est en place, qui fonctionne, et qui assure. Il n’y a aucune crise constitutionnelle, puisque la constitution a prévu ce cas de figure et offre plusieurs options pour le résoudre. Tout cela se fait calmement.

Il n’y a qu’à regarder, d’un côté, les réactions de la population que démontrent les premiers sondages. On soupèse les alternatives. Faut-il aller vers un gouvernement de minorité ? Pourquoi pas, après tout, les conservateurs et les verts semblent être capables de compromis, et ça s’est déjà fait sur le plan régional. Faut-il au contraire appeler à de nouvelles élections ? Selon les premières enquêtes, les Allemands ne seraient nullement scandalisés qu’on leur redemande de voter.

Et de l’autre côté, sur les marchés financiers, on voit … euh, rien, justement. On ne peut pas dire que les acteurs économiques internationaux soient particulièrement inquiets de l’avenir de l’Allemagne, alors qu’ils ont au contraire souvent tendance à surréagir.

Bref : il y a là un pays certes un peu déboussolé, mais en fait simplement arrivé dans la normalité européenne : comme les autres, l’Allemagne connaît à la fois une fragmentation du paysage politique et une polarisation du discours, ce qui résulte en une plus grande difficulté de former des coalitions. Tous les Etats qui pratiquent le scrutin proportionnel connaissent une évolution similaire. Derniers exemples en date, l’Autriche, la Tchéquie, et les Pays-Bas ; et même les pays scandinaves ont désormais recours à des gouvernements de minorité.

La deuxième affirmation erronée et un peu agaçante : « c’est une mauvaise nouvelle pour l’Europe ! »

Mais c’est une mauvaise nouvelle pour l’Europe que l’Allemagne se voit ainsi affaiblie ne serait-ce que temporairement, vous ne pensez pas ?

Non, je ne le pense pas.

Et pourquoi ce serait si mauvais que le premier de la classe, toujours si sûr de lui, montre une petite faiblesse ? Quand le meilleur élève rate un examen, ça fait du bien à tout le monde. Surtout si cela lui rappelle d’être plus prudent dans ses jugements à l’emporte-pièce sur les autres, souvent teintés de stéréotypes, voire d’un complexe de supériorité. Franchement, pour les Allemands eux-mêmes, cette nouvelle expérience de fragilité est une leçon tout à fait bénéfique.

Vous n’allez tout de même pas contester le fait que sans le moteur franco-allemand, rien ne bouge en Europe ?

Si si, je conteste ! C’est le genre de mantra qu’on répète depuis des décennies. Or, ce n’est pas parce que cela a été vrai à plusieurs reprises dans le passé que c’est nécessairement le cas dans les années qui viennent.

Bien sûr, une bonne entente franco-allemande ne peut être que bénéfique au processus d’intégration européenne mais dans une Europe à 28, elle est nettement moins décisive que du temps de 12 ou 15. D’abord, quel que soit le projet en question, le couple franco-allemand a, de toute façon, besoin de l’appui d’un certain nombre d’autres Etats-membres. Et, soyons honnête, le fameux moteur franco-allemand, sous une carrosserie faite de respect et sympathie réciproque, tombe régulièrement en panne, en fonction des destinations visées par les conducteurs.

Vous savez, comme la nature, la politique a horreur du vide. Celui, très relatif, que laisse une Allemagne un petit peu en retrait, finira par se remplir. On verra alors combien le leader allemand a aussi verrouillé le débat ces dernières années, notamment au sein de la zone euro.

On se calme donc. La petite crise temporaire dans laquelle a glissé l’Allemagne, c’est une opportunité pour ceux qui veulent bien se donner la peine de la saisir.

Albrecht Sonntag, professeur à l’EU-Asia Institute de l’ESSCA Ecole de Management et membre d’Alliance Europa.

Albrecht Sonntag est professeur à l'EU-Asia Institute. Docteur en sociologie, il travaille sur les dimensions multiples du processus d’intégration européenne. Albrecht est également membre de l'Alliance Europa, consortium universitaire interdisciplinaire en Pays de la Loire.

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