L’édito d’Erwan Quinio du 22 novembre 2017

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L’édito d’Erwan Quinio du 22 novembre 2017

Europe’s coming Episode 6 : le fanatisme rend sourd et aveugle »

Avec « Magda Goebbels, la première dame du IIIe Reich » France 2 contribue utilement à réveiller notre mémoire.

Bonjour Simon,

Oui, le fanatisme rend sourd et aveugle. Car le fanatique ne se pose pas de questions, il ne connaît pas le doute : il sait, il pense qu’il sait.” disait Elie Wiesel, écrivain et philosophe. Sourd et aveugle à tous sentiments, Magda Goebbels l’était devenue assurément lorsqu’elle a assassiné ses propres enfants au nom d’une idéologie.

Dans un documentaire plutôt glaçant diffusé hier soir sur France 2, Antoine Vitkine traite avec brio la question du fanatisme, des mécanismes qui endorment les populations et qui conduisent au pire, jusqu’à l’abîme de l’âme humaine.

Pour rappel, nous sommes le 1er mai 1945. La veille, le 30 avril 1945, acculé dans son bunker, Hitler se donne un coup de fusil dans la tête. Magda Goebbels présente dans le dernier refuge nazi, écrit alors  à son fils aîné Harald : “Depuis six jours nous sommes ici dans le Bunker du Führer, Papa, tes six frères et sœurs et moi pour mettre fin, de la seule façon honorable qui soit, à notre vie nationale-socialiste.

La vie dans le monde qui vient après le Führer ne vaut plus la peine d’être vécue. C’est pourquoi j’ai aussi pris mes enfants. Ils sont trop biens pour cette vie à venir et Dieu miséricordieux me comprendra, si je leur donne moi-même la délivrance.

Hier soir le Führer a détaché sa décoration en or du parti et me l’a épinglée. Je suis fière et heureuse. Dieu, faites qu’il me reste assez de force pour accomplir le plus dur et ultime geste. Je t’embrasse avec l’amour le plus ardent, le plus profond et le plus maternel». Magda Goebbels habille ses enfants de tenues blanches et leur donne d’abord un somnifère. Endormis, elle leur met des ampoules de cyanure dans la bouche et tue chacun de ses six enfants tous prénommés d’une première lettre H, Helga (12 ans), Hilde (11 ans), Helmuth (9 ans), Holde (8 ans), Hedda (6 ans) et Heide (3 ans).

Comme le souligne Antoine Vitkine, le danger, évidemment, c’est de tomber dans la psychanalyse de comptoir. Mais  Comprendre son parcours permet d’éclairer l’histoire du nazisme, et de s’interroger sur les mécanismes qui conduisent un individu à épouser une idéologie totalitaire et criminelle.

Le propre de l’Histoire est qu’elle prend sans cesse des formes nouvelles. Mais certains points interpellent forcément. J’en ai relevé quatre.

La place et la responsabilité des élites dans le mouvement des sociétés.

Effectivement, Madga Goebbels appartient à la haute bourgeoisie du pays. En ralliant Hitler, elle aide à légitimer le nazisme. Par conviction, par lâcheté, par suivisme, On voit qu’un des motifs de l’attraction du nazisme dans les classes privilégiées pouvait aussi être d’échapper à l’ennui. Un désir de transgression. Preuve que la culture et les dispositions matérielles ne sont pas des antidotes infaillibles au fanatisme. C’est même une fois la soumission des élites réalisée que les marginaux extrémistes d’hier deviennent les dominants d’un système. Les élites aisées sont donc une catégorie qu’il convient d’endormir par tous les moyens.

Deuxièmement : la place des femmes dans les systèmes totalitaires.

Madga Goebbels convoitait une place politique. Mais le régime la replace systématiquement dans un rôle subalterne. Celui de génitrice d’enfants pour le Reich. Celui d’être chaque année le modèle de la mère allemande lors de la fête des Mères. En plus de son caractère raciste et criminel, Antoine Vitkine revient sur la nature profondément misogyne du système politique nazi. Les femmes allemandes, qui avaient le droit de vote en 1919, n’auront plus voix au chapitre.

Enfin, vous revenez sur le zèle des derniers convertis et le mensonge permanent, deux caractéristiques édifiantes du documentaire.

Mada Goebbels est élevée par son beau-père Friedlander, juif. Jeune, elle sera éperdument amoureuse d’un juif engagé pour Israël où il sera assassiné en 1933 sans doute par Goebbels, Magda parle l’hébreu et porte même l’étoile de David. Cela ne l’empêchera pas de laisser son beau-père mourir en camp de concentration. Fanatisée en trois mois, après un diner, une conversation, un discours, elle finira à certains égards plus absolutiste que son mari lui-même.

Enfin, oui, loin de la propagande officielle, le mensonge est permanent et partout. Le deux poids, deux mesures règne.

Magda Goebbels se sent supérieure aux règles exigées pour les femmes du simple peuple. Elle fume, boit de l’alcool, s’habille avec des vêtements luxueux. Trompe son mari avec son secrétaire d’État.

Son Mari, Goebbels passe lui ses nuits avec des actrices et multiplie aussi les infidélités. Alors que la propagande nazie met en scène la famille Goebbels, dans sa vie quotidienne, c’est d’un monde parallèle qu’il s’agit. La vie familiale idéale n’est qu’une vitrine bucolique et mensongère du nazisme.

Le fanatisme est une fuite en avant. C’est un engrenage.

C’est précisément sur ce rejet que l’Europe s’est construite à la sortie de la seconde guerre mondiale. Dans ses dernières pensées, Goebbels note dans son journal : « Le monde se rappellera de nous comme les plus grands criminels de l’histoire ». Pour une fois, il était lucide. Il faut rester en éveil. L’Histoire sert à cela. Le documentaire est disponible en ligne sur le site de France Télévision.

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