L’édito de Sylvain Kahn – 2017.17.11 : « Bons baisers de Russie ! »

L’édito de Sylvain Kahn – 2017.17.11 : « Bons baisers de Russie ! »

L'édito de Sylvain Kahn - 2017.17.11 : "Bons baisers de Russie !"

En Italie, la squadra azzura vient de désespérer  toute une nation en échouant face à la Suède à se qualifier pour la prochaine coupe du monde de football. Celle-ci aura lieu en juin  prochain en Russie. Dans la liste des 32 pays pays qualifiés pour cette coupe du monde de football, 13 sont européens dont dix membres de l’Union européenne.

Ces derniers devraient être sur leur garde : c’est immédiatement après le succès médiatique et populaire des Jeux Olympiques d’hiver de Saatchi que la Russie avait envahi puis annexé la Crimée, cette presqu'île du territoire ukrainien en mer noire.

Les points de frictions, au sens figuré et au sens propre, sont nombreux. Entre la Russie et l’Union européenne, ce sont deux projets concurrents de régionalisation qui se font face. Les dirigeants russes  se représente le monde comme le théâtre d’une lutte d'influence entre puissances.  Là où nous voyons l'élargissement de l’UE et l’extension de sa politique de voisinage comme le progrès de la pacification et de relations harmonieuses entre les nations, la Russie voit une forme d’impérialisme tourné contre eux. L’élargissement de l’Otan en est pour la preuve.

 

Les dirigeants russes ont donc fomenté des conflits militaires de basse intensité dans l’Est de l’Ukraine et dans l’Ouest de la Georgie. Ils les maintiennent à petit feu dans la durée, sans espoir de règlement, pour marquer leur territoire. Ces mal nommés “conflits gelés” ont pour effet de perturber les vies économiques et sociales des georgiens et des ukrainiens, avec leur cortège de déplacés et de morts, comme de ressources stérilisées par l’effort de guerre, et de rendre impensable leur perspective d’intégration à l’Otan. Parallèlement, à la faveur de leurs investissements massifs dans les hydrocarbures, la Russie a réactivé une politique d’influence et de présence au Moyen Orient et sur le continent africain, sans que les compagnies européennes et les gouvernements de l’UE ne s’en émeuvent.

Ceux de Hongrie, de Pologne et de Slovaquie vont même jusqu’à citer la Russie de Poutine et des oligarques en exemple de démocratie illibérale.

Deux systèmes de valeurs et de souverainetés territoriales se font face : l’impérialité européenne communautaire est fondé sur le partage de la norme et l’adhésion consentie ; l’impérialité russe est fondée sur la valorisation de la force et la verticalité du pouvoir ; ils sont si différents qu’ils ne se comprennent pas.  Seule l’interdépendance énergétique les pousse à se parler malgré tout.

La coupe du monde de football et l’envie de la gagner ne doivent pas nous faire oublier que la Russie de Poutine considère l’Europe avec méfiance et notre système de valeurs avec mépris. Gardons la tête froide et l’oeil ouvert dans les bons baisers de Russie.

sylvain_kahn

Sylvain Kahn, professeur à Sciences Po et chercheur associé au sein de Géographie-Cités

"Sylvain Kahn est professeur agrégé au sein du master affaires européennes et du département d’histoire à Sciences Po. Depuis 2001, il enseigne les questions européennes, notamment l’histoire de la construction européenne."
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