Sylvain Kahn : le contre projet européen de l’extrême-droite

Sylvain Kahn : le contre projet européen de l’extrême-droite

Sylvain Kahn : Le contre projet européen de l’extrême-droite

 

 
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Sylvain Kahn, professeur à Sciences Po et chercheur associé au sein de Géographie-Cités

"Sylvain Kahn est professeur agrégé au sein du master affaires européennes et du département d’histoire à Sciences Po. Depuis 2001, il enseigne les questions européennes, notamment l’histoire de la construction européenne."
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Edito du 20/10/17 : « Le contre projet de l’extrême-droite »

Ce 19 octobre sur France 2, Marine Le Pen a confirmé le virage du Front National sur l’Europe et sur l’Euro. Une semaine plus tôt, elle expliquait dans l’hebdomadaire de la droite radicale Valeurs actuelles que “Dans de nombreux domaines, on peut améliorer la vie quotidienne des Français sans quitter l’Europe ni l’Euro”.

Cette évolution franco-française s’inscrit dans une dynamique qui est à l’échelle de l’Europe :  l’extrême-droite et la droite radicale cessent progressivement d’être contre la construction européenne. Elles envisagent, de plus en plus, un contre projet européen.

La nouvelle politique européenne du Front national rejoint en effet le programme du FPÖ, le parti de l’extrême droite autrichienne de Heinz Christian Strache. Suite aux élections législatives du 15 octobre dernier, ce parti,fort d’un gros quart des suffrages,  pourrait bien former une coalition avec le parti chrétien démocrate de Sebastian Kurz arrivé en tête. Au sein du Parlement européen, le FPÖ et le FN siègent dans le même groupe, celui de l’Europe des nations et des libertés. Ils y côtoient le PVV hollandais de Geert Wilders,  deuxième force politique dans son pays, et le parti d’une Alternative pour l’Allemagne qui vient de réussir une entrée en force au Bundestag, le Parlement allemand.

Eurosceptiques, ces partis d’extrême droite ont renoncé à faire sortir leurs pays respectifs de l’UE ou à tuer l’Union européenne. Ils veulent la transformer de l’intérieur. Il s’agit de faire de l’Europe une forteresse ethniquement homogène,  face au multiculturalisme et aux mouvements migratoires.  

Ce contre projet européen a d’ores et déjà sa figure de proue et son théoricien : Viktor Orban. Le dirigeant hongrois, tel un Dark Vador de l’UE, construit depuis 2010 avec un sombre éclat son personnage de leader du côté obscur de la force européenne.

Au Parlement européen, Orban et son parti le Fidesz siègent pourtant dans les rangs du Parti populaire européen, le grand groupe des démocrates chrétiens, aux côtés de l’OVP de Sebastian Kurz, et de la CDU de Mme Merkel. Celle-ci va s’allier au parti libéral ; ce dernier, traditionnellement pro européen, prône lui aussi dorénavant un projet de construction européenne  fondée sur la défense d’une identité européenne mythifiée.  

Dans ce contre modèle, l’UE est au service d’un nationalisme non plus national, mais européen ; elle devient l’instrument d’une vision géopolitique inspirée non par la Paix perpétuelle de Kant mais par le choc des civilisations de Huntington. La vie politique des années à venir ne verra plus s’opposer pro européens et eurosceptiques, mais deux projets de construction européenne, l’un, ouvert et hérité des Lumières, l’autre fermé et hérité des anti-lumières. Cette nouvelle polarisation est déjà en train de recomposer les paysages politiques de chaque Etat membre de l’UE.

 

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